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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/714

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ou même exercer moralement leur influence, ils usent d’un droit dont aucune loi ne les a dépouillés. Est-ce qu’il est bien extraordinaire, par exemple, que là où il y a un candidat réclamant la suppression du budget des cultes, les laïcisations à outrance, la guerre à tout ce qui est religieux, des prêtres préfèrent d’autres candidatures et le disent ? Est-ce qu’il est bien surprenant que là où l’on voit de petits employés, même de simples gendarmes frappés parce qu’ils vont à l’église ou envoient leurs enfans chez les frères, les populations croyantes écoulent leurs prêtres ? Qui peut être juge, quand il n’y a pas une falsification matérielle du vote, de la mesure dans laquelle l’influence religieuse sera exercée, des raisons pour lesquelles le suffrage universel s’est décidé ? Il s’est décidé, voilà tout ! On ne voit pas que procéder par des invalidations de tendance, par des coups de majorité, c’est d’abord dépasser le droit parlementaire ; c’est de plus prolonger un état violent contre lequel les élections dernières ont été une protestation au moins partielle. Que les radicaux qui sentent le pouvoir leur échapper se croient intéressés à rallumer sans cesse et à perpétuer les conflits religieux, c’est tout simple, ils jouent leur jeu ; on ne voit pas bien ce que peuvent gagner des modérés à se faire les alliés intermittens, les auxiliaires d’une politique qui, en créant entre eux et les conservateurs d’irréparables scissions, les livre sans condition aux radicaux. Ces modérés, ils croient naïvement se distinguer, se créer une position particulière et indépendante ; ils ne font qu’ajouter, par leurs fluctuations et leurs dissidences, aux obscurités d’une situation où cette chambre nouvelle a déjà assez de peine à trouver son chemin.

Le fait est que, même à part des invalidations, qui deviendraient un danger si elles prenaient un caractère systématique, avec lesquelles on devrait se hâter d’en finir, la situation n’est rien moins que claire, rien moins que facile. On aurait beau se faire illusion, on se trouve en présence de confusions, d’incohérences, de désordres accumulés depuis dix années, légués par le règne de l’esprit de parti à une Chambre nouvelle. Tout dépendra de ce que sera la majorité, qui est encore à se former, et de la politique qu’on suivra pour rendre à la France ce que la France a demandé par ses élections : la stabilité des institutions, la paix morale, l’ordre dans l’état, dans les finances, dans l’administration. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est qu’il y a des républicains qui, sans méconnaître absolument la gravité des choses, mais sans aller au-delà des apparences, croient remédier à tout avec de petits moyens, avec des expédiens. Pour les uns, tout le mal est venu de la mauvaise organisation des travaux parlementaires, qui a fait la stérile anarchie de la dernière chambre : il n’y a qu’à réorganiser le travail parlementaire par la constitution de comités permanens. Pour les autres, c’est la presse qui, avec ses déchaînemens et ses excès, est la