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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/685

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inflexible, l’ennemi juré de la tolérance religieuse, qu’il traite de trahison et de lâcheté, l’adversaire de la science moderne, l’ascète qui ne voit dans les ministres de Dieu qu’autant de soldats obéissant à un ordre inflexible sans discuter ; Vernon, le broad churchman, qui appartient au mouvement de la réforme, mais qui mène ce mouvement avec prudence, ne prêchant pas ce qu’il ne croit plus et ne prêchant ce qu’il croit qu’autant qu’il le faut absolument, obligé à beaucoup de compromis par suite de ce manque de franchise, pratiquant a la politique des omissions et interdisant l’attaque, » bref, en contradiction perpétuelle et forcée avec lui-même ; Murray Edwards, le ministre unitairien qui a renouvelé « la plus illogique peut-être de toutes les sectes et la moins susceptible de fournir une religion aux pauvres ; » il se borne à donner l’exemple d’une vie pure, à enseigner sans relâche et à réunir sous sa direction, pour l’aider à éclairer et à moraliser les masses, des hommes de professions et de croyances diverses, mais possédés du désir d’ouvrir des sentiers nouveaux à l’humanité ; c’est ainsi qu’il a aidé aux débuts de conférencier de Robert Elsmere. — Ajoutez à ceux-là l’entourage du squire, les habitués du salon de Mme de Netteville, la famille et les invités de cet autre bel esprit, lady Charlotte, les paysans de Murewell et du Westmoreland, les professeurs d’Oxford, que domine la grande figure de Grey, le vieux médecin Meyrick, qui joue auprès du squire mourant le rôle de Gloucester auprès du roi Lear, tant d’autres encore fourmillant à travers plus de onze cents pages, et vous aurez la sensation presque étourdissante de tout ce monde qui ne nous donne pas toujours l’illusion de la vie, car l’action, entrecoupée, décousue, surchargée, est conduite vers un seul but, le triomphe des idées de Grey soutenues par Robert Elsmere et approuvées par Mrs Ward. Un caractère bien justement observé jusqu’au bout, c’est celui de Langham ; nous laissons cet enfant du siècle au fond de sa retraite d’Oxford, figé pour ainsi dire dans les habitudes minutieuses et ridicules d’un valétudinaire que l’égoïsme a rongé jusqu’aux moelles. Il a eu cependant son heure de séduction, il l’a eue à deux reprises auprès de Rose, cette fille ardente et affamée de bonheur que le plus aveugle des entraînemens jette entre les bras d’un pessimiste de profession. Mais déjà celui-ci ne savait plus aimer, ne savait plus vouloir ni se résoudre ; il restait tout juste capable de s’enivrer, dans un transport aussitôt refroidi, du parfum de la fleur qu’il finit par ne jamais cueillir. On le plaint et on le déteste ; on l’a rencontré dans des circonstances diverses à de nombreux exemplaires, on le rencontrera encore et de plus en plus à mesure que s’accentuera le règne envahisseur du moi. Par bonheur, Mrs Ward ne lui donne à