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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/681

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été conduit chez elle par M. Renan, dont le nom revient si souvent au cours de ce livre. Il a répété plusieurs fois à son jeune ami avec quelque malice :

— Ayez soin de cultiver Mme de Netteville.

Optimiste par tempérament, sensible à l’esprit, indulgent pour le monde où il trouve l’occasion précieuse d’échanger des idées, Robert n’a rien remarqué d’abord de ce qui choque Catherine dans les allures de cette beauté sur le retour, et l’on se remémore ici tout naturellement une certaine phase de l’histoire du ménage Carlyle. Les conférences qui le rendent populaire dans les quartiers misérables de l’Est attirent en même temps sur Elsmere l’attention des salons du West-End, et de belles dames voilées vont d’aventure l’écouter dans la salle d’Elgood Street où il parle aux ouvriers. Par une étrange perversité, Mme de Netteville tourne contre le jeune réformateur le feu de ses coquetteries ; elle a découvert que cette espèce de quakeresse qui vient chez elle gêner la liberté de la discussion est absolument incapable de comprendre son mari, et là-dessus elle essaie de consoler ce dernier d’une telle façon, qu’il n’a qu’à imiter Joseph dans sa résistance. A partir de ce moment, le trop confiant Robert se méfie davantage de l’enthousiasme des mondaines ; du reste, son œuvre n’a rien de commun avec elles. Il s’occupe tout spécialement de la classe la plus obstinément fermée aux influences religieuses, la plus hostile à toute agence spirituelle, celle des ouvriers intelligens ; d’abord il les attire par des causeries dont ils ne peuvent démêler le but, racontant avec la verve qui lui valait jadis les suffrages des enfans de Murewell d’amusantes histoires empruntées à Dumas, à Walter Scott, à Cooper ; puis ma jour, à propos d’une affiche impie, il leur explique l’action que peut avoir Jésus sur la vie moderne, il leur apprend dans un discours dont nous avons des extraits abondans à reconcevoir le Christ, un Christ humain, le meilleur d’entre les hommes, notre modèle pour tous les temps. Avec une force dramatique étonnante, une audacieuse modernité, il rattache la vie de Jésus à nos existences, à nos aspirations, à nos besoins actuels, et peu à peu les pots de bière, les pipes, sont abandonnés par l’auditoire attentif qui encombre la salle du club, une grande pièce nue, éclairée au gaz, décorée de portraits politiques, de gravures à bon marché où la figure de Jésus de Nazareth alterne avec celle du Bouddha, de Socrate, de Moïse, de Shakspeare, etc. Chacun a le droit de répondre à son tour, de discuter très librement. — La géographie vient au secours de l’orateur. Il fait une conférence populaire sur l’état politique et social de la Palestine et de l’Orient en général lors de la naissance de Jésus-Christ, et les cartes, les photographies dont il s’entoure contribuent, paraît-il, à son succès : « Rien, dit-il, ne réussit mieux