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rechercher, bien entendu, si les comités ne seraient pas promptement victimes d’erremens semblables. « Ces bureaux dans lesquels on ne se rencontre qu’un instant, dans lesquels peuvent se trouver réunies accidentellement toutes les spécialités, dans lesquels on fait de tout, sont exclusifs du grand principe qui gouverne tout travail humain, qu’il soit intellectuel ou autre, le principe de la division du travail. La formation des bureaux est insuffisante dans une assemblée législative quelconque, à plus forte raison dans la vôtre. Vous ne pourrez pas renvoyer indistinctement toutes les questions qui sont portées à cette tribune, à des bureaux, assembler avec appareil vos bureaux, suspendre la séance de la Chambre, interrompre ses travaux pour que les bureaux délibèrent préalablement sur toutes les questions qui seraient portées, dans l’exercice plein et libre du droit de chacun, à cette tribune. »

Ce tableau très chargé eût fort surpris une chambre au courant de la vie parlementaire et légiférant en temps normal. Il répondait au contraire assez bien aux préoccupations d’une assemblée inexpérimentée qui se réunissait dans des circonstances difficiles avec tous les pouvoirs en main et la perspective d’avoir à brève échéance à lutter contre l’émeute ou contre les anciens partis.

Odilon Barrot sentait que la résistance à l’idée des comités partait de la gauche, dont les hommes clairvoyans étaient loin d’être rassurés. Il comprit la nécessité de s’adresser aux sentimens républicains de cette partie de l’assemblée et de faire appel à sa défiance pour tout ce qui rappelait la monarchie.

« Sous l’ancienne monarchie, dit-il, quand il y avait un gouvernement permanent, qu’il était nécessairement, forcément, en dehors de la chambre, on ne voulait pas de comités spéciaux, mais c’est parce que l’exécutif craignait toujours que le législatif entreprit sur ses attributions. Il aimait mieux l’impuissance du pouvoir législatif, il aimait mieux le tenir en tutelle permanente que de lui permettre de prendre connaissance utilement, par des hommes spéciaux, des affaires sur lesquelles les chambres avaient à se prononcer. Êtes-vous dans la même situation ? Y a-t-il le même ombrage entre vous, pouvoir constituant, et le pouvoir exécutif que vous avez délégué ? Êtes-vous condamnés à la même impuissance ? »

Il était difficile de caresser plus habilement les tendances dictatoriales d’une assemblée dont la plupart des membres avaient appartenu aux partis d’opposition et ignoraient les nécessités de gouvernement.

Ferdinand de Lasteyrie, qui succéda à Odilon Barrot, sortit des généralités et ramena la discussion sur le terrain des faits précis, mais, à côté d’excellens argumens, il en produisit qui n’avaient qu’une valeur hypothétique des plus douteuses. Il démontra que,