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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/557

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péché en ne portant pas la barbe. En Orient, parmi les Sarrasins, habitent de nombreuses communautés chrétiennes, séparées les unes des autres par des différences si minimes qu’il ne vaut presque pas la peine d’en parler. Tous admettent le baptême, et croient au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Il y en a qui s’appellent Jacobites parce qu’ils disent que c’est de l’apôtre saint Jacques même que leurs pères ont reçu la doctrine chrétienne. Ceux-là n’admettent pas la confession, prétendant que c’est à Dieu seul, et non à un homme, qu’il faut se confesser ; quand ils veulent le faire, ils jettent de l’encens sur le feu, et se confessent à Dieu au milieu de cette fumée. Les Syriens pensent sur la confession comme les Jacobites, comme les Grecs pour tout le reste, et portent la barbe. Les Géorgiens qui disent avoir été convertis par saint George portent tous la tonsure, les clercs en rond, les laïques en carré ; puis d’autres encore qu’on appelle Nestoriens, Ariens, Nubiens, et tous ont la plupart de nos acticles de foi. A Jérusalem, il y a des prêtres des régions de l’Inde qui opèrent le sacrement de l’autel en récitant le Pater noster, c’est-à-dire, selon la manière la plus ancienne, parce qu’ils ne connaissent pas les additions que les papes ont faites depuis à cette consécration, mais ils chantent avec beaucoup de dévotion. Il y a enfin le fameux prêtre Jean ; il n’a pas tous les articles de notre foi, mais seulement les principaux ; en revanche, si grande est sa vénération pour Notre-Seigneur, que lorsqu’il sort en temps de paix, il est toujours précédé d’une croix de bois, en mémoire de la Passion. Voilà bien des sectes, mais elles sont plus nombreuses que dissemblables, et si elles sont séparées de nous sur bien des points, ce n’est jamais sur rien d’absolument essentiel. Maundeville aurait pu au moins les appeler hérétiques et schismatiques, puisqu’on effet ces sectaires sont tels pour l’église catholique ; il est remarquable qu’il ne l’a pas fait une seule fois, et je n’ai pas souvenir qu’aucun de ces deux mots soit prononcé dans son livre. Si cette abstention n’est pas calculée, il faut avouer qu’elle est singulière.

Lorsqu’il veut désigner quelque peuplade ou quelque secte qui est chrétienne aussi peu que ce soit, Maundeville emploie invariablement la même formule. Ils croient au Père, au Fils et au Saint-Esprit, dit-il, sans mention d’autre dogme. C’est qu’il a vécu trop longtemps en Orient pour n’avoir pas appris que le dogme de la Trinité est le Shibboleth auquel se reconnaît le chrétien, celui qui le sépare nettement des autres croyances, et l’empêche de se confondre avec les juifs et les musulmans. A l’égard de ces derniers, ses opinions sont absolument éclairées et libérales, et je ne sais où certains annotateurs ont pu voir tant d’erreurs et de préjugés dans ce qu’il dit de la doctrine et des croyans de l’Islam. A la vérité, ce