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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/479

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souvent, depuis quelques années, ce sont ces voyages, ces rencontres, ces agitations qui ravivent les suspicions, créent les paniques factices, mettent l’Europe sur le qui-vive, en entretenant la crainte de crises imminentes, — si bien qu’on finit par trouver quelque lueur de vérité dans ces paroles récentes du député socialiste Bebel devant le reichstag de Berlin : « Les peuples veulent la paix, ce sont les gouvernement qui poussent à la guerre… » Si les gouvernemens ne poussent pas à la guerre, ils s’exposent du moins, sans le vouloir probablement, à paraître toujours la préparer par leurs combinaisons mystérieuses, par des démonstrations propres à tenir l’opinion dans un état maladif d’excitation et d’inquiétude. C’est le dernier mot et pour ainsi dire la moralité de cette humeur de locomotion perpétuelle et indéfinie qui domine souverains et ministres, qui semble être entrée dans la politique du jour.

Il y a tous les ans, à cette époque, en Angleterre, une occasion que les ministres de la reine saisissent volontiers pour exposer leur opinion ou leurs pronostics sur les affaires britanniques et même sur les affaires de l’Europe et du monde : c’est le banquet du lord-maire. En dépit des autres assemblées locales qui ont pu être créées, qui ont un caractère plus moderne, la cité garde ses privilèges qui datent de sept siècles. Elle a célébré, il n’y a que peu de temps, le sept centième anniversaire de sa fondation, de l’inauguration de ses franchises, et cette année encore, comme tous les ans, un nouveau lord-maire, sir Henry Isaacs, succédant à M. Whitehead qu’on a vu récemment à Paris, est entré dans ses fonctions avec la procession et les cérémonies traditionnelles. Cette année aussi, comme les années précédentes, le chef du cabinet, convive-né du lord-maire, a fait le discours traditionnel à l’usage de l’Angleterre et du monde. Il y a eu parfois de ces discours prononcés à Mansion-House, notamment ceux de lord Beaconsfield, qui ont eu un singulier retentissement. Celui que lord Salisbury a prononcé l’autre jour, sans manquer assurément d’importance, ne semble pas destiné à remuer l’Europe. A part les affaires d’Irlande et les réformes intérieures qui intéressent l’Angleterre, il n’y a guère que deux points sur lesquels le chef du cabinet a cru devoir s’expliquer plus ou moins.

Le premier est l’état de l’Egypte, et le voyage que le prince de Galles a fait dernièrement au Caire, à son retour d’Athènes, était un prétexte tout trouvé. A dire vrai, lord Salisbury ne s’est pas beaucoup compromis. Il n’a pas décliné l’engagement qu’a pris l’Angleterre de quitter les bords du Nil ; seulement, il a encore une fois ajourné l’exécution de cet engagement à des temps meilleurs. Sans doute, l’Egypte a fait de grands progrès dans ses finances, dans son administration ; mais elle ne peut pas encore se suffire à elle-même, elle reste exposée aux troubles, aux incursions des Soudanais. Elle ne peut pas se passer de