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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/476

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créé des scissions irréparables, compromis pour longtemps, peut-être pour toute la législature, une situation où bien des rapprochemens utiles restent encore possibles. Ce qu’il y a de mieux, évidemment, dans l’intérêt de la paix intérieure, des institutions, de la république elle-même, c’est de traverser rapidement cette épreuve de la vérification des pouvoirs pour en arriver à ce qu’on peut appeler les questions nécessaires ; et, si on le veut, ces questions sont assez nombreuses, assez sérieuses, pour suffire à l’activité d’une assemblée en ralliant toutes les bonnes volontés.

On parle souvent, sans doute, pour en finir avec les agitations stériles, d’une a politique d’affaires ; » mais il ne faudrait pas que cette politique d’affaires fût, selon le mot spirituel de M. Léon Say, un euphémisme commode, le déguisement d’une « mauvaise politique » ou de l’absence de toute politique. La vérité est que tout se tient, qu’on ne peut s’occuper utilement des finances, des réformes économiques ou administratives qu’avec un gouvernement de modération libérale et prévoyante fixé sur les points essentiels de la politique, résolu à rassurer le pays, à rétablir l’ordre dans les esprits comme dans les faits, et, pourquoi ne pas le dire ? à faire cesser cette anomalie d’un conseil municipal de Paris se mettant tous les jours en rupture ouverte avec les lois. Pour ce conseil municipal qui rentre aujourd’hui en scène et reprend ses représentations interrompues, on dirait que l’illégalité est une habitude ou une passion ou même une manie. Lorsqu’il attribue à chacun de ses membres un traitement ou indemnité, qu’il vient d’élever sans façon à 6,000 francs, il se moque audacieusement des lois qui sanctionnent la gratuité des fonctions municipales. Lorsqu’il vote, comme il vient de le faire, des secours et des encouragemens aux grévistes du nord, il sort manifestement de ses attributions et il dispose sans aucun droit de l’argent des Parisiens. Lorsque M. le préfet de la Seine se morfond à la porte de l’Hôtel de ville sans pouvoir y entrer, humiliant l’autorité publique devant un veto du conseil, c’est là un de ces faits qui n’ont été possibles que par la complaisance obstinée de tous les ministères et qu’on ne peut pourtant laisser se prolonger dans un ordre régulier.

Ainsi, ramener le conseil municipal de Paris à la loi, raffermir les institutions ébranlées ou faussées par les partis, rétablir la paix morale, réorganiser les finances, rassurer les intérêts, c’est ce qu’on pourrait appeler dégager la politique des élections, faire entrer dans la réalité l’esprit des derniers scrutins. Les républicains, qui par euphémisme se donnent le nom de républicains de gouvernement, se décideront-ils à suivre cette politique, au risque d’avoir à braver l’hostilité des radicaux ? C’est toute la question. Si les républicains ont assez de résolution pour se prêter à cette politique de raison, de modération libérale, d’apaisement, qui n’a été jusqu’ici qu’un mot ou un programme,