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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/462

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Lorsque des bateaux allemands, anglais et italiens croisaient, — comme ils l’ont fait jusqu’au 10 octobre de cette année, — de Zanzibar à Souakim, les esclaves transportés d’Afrique en Asie avaient de longues et tristes heures à passer. Les dahous ou boutres arabes qui les transportent ordinairement vont jusqu’au nord de l’Inde, au Golfe-Persique, en Asie, en Arabie, et même dans certaines lies de l’Océan-Indien ; ces voyages sont très courts comparés à ceux qu’avaient à faire autrefois les noirs lorsqu’ils partaient de la côte occidentale pour d’Afrique débarquer aux États-Unis ; mais actuellement, comme les boutres sont petits et les passagers nombreux, on entasse ceux-ci comme des harengs dans un tonneau ; suffoqués, asphyxiés faute d’air pur, mourant de soif et de faim, les vivans restant attachés aux morts, ils arrivent tant bien que mal à destination. On les débarque dans de petites baies bien cachées, toujours à une certaine distance des grandes villes, où ils sont conduits par petites escouades, puis internés dans des bazars où les pourvoyeurs des harems savent bien les trouver.


VII

Comprend-on, maintenant, l’active campagne antiesclavagiste faite à Londres, à Bruxelles, à Paris, par le cardinal Lavigerie et ses émules, leurs appels répétés, leur besoin de réunir autour d’eux ceux qui ont dans l’âme quelque chose de la pitié que Livingstone avait pour les pauvres noirs, une étincelle du feu qui brûle dans l’âme des missionnaires dont en Sorbonne M. Jules Simon a fait l’éloge d’une façon si éloquente ? C’est qu’il y a vraiment urgence à courir au secours, de ceux qu’on opprime, des malheureux dont une partie de l’Europe a pris charge d’âme et de corps. N’est-il pas douloureux de songer que chaque minute de retard prive de la vie, et cela par notre indifférence, des milliers d’êtres humains ?

Le 4 août de cette année, un congrès devait se tenir à Lucerne, et l’on jugera de quelle importance il eût été par les problèmes qu’il avait à élucider. Ce congrès n’a pas eu lieu, mais comme son programme comprend toutes les difficultés à vaincre, il est indispensable de le connaître.

On devait donc y traiter :

1° De l’esclavage au point de vue du droit naturel et du droit public. — Du nombre des victimes de la traite et des cruautés commises soit dans les chasses, soit dans l’esclavage domestique. — Des milliers d’enfans mutilés tous les ans pour les harems ;

2° En Afrique action pacifique. — Soutien et développement des missions religieuses. — Moyen de répandre l’instruction parmi les