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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/455

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Les néo-mahométans sont, d’ailleurs, les plus durs, les plus barbares des maîtres, et malheur à qui devient leur esclave. Les récits de Livingstone, de Baker, de Stanley, de Pinto, de Gordon, du commandant Cameron, des pères blancs d’Afrique sont remplis de faits attestant leur cruauté. Que dit Speke dans ses Sources du Nil ? « Voici déjà quelque temps que j’habite à la « cour nègre » de l’Ougamta, et les usages de cette cour ne sont plus pour moi lettre close. Me croira-t-on cependant si j’affirme que, depuis mon changement de domicile, il ne s’est pas passé de jour où je n’aie vu conduire à la mort, quelquefois une, quelquefois deux et jusqu’à trois de ces malheureuses femmes qui composent le harem de Mtesa ? Une corde roulée autour du poignet, traînées ou tirées par le garde du corps qui les conduit à l’abattoir, ces pauvres créatures, les yeux pleins de larmes, poussent des gémissemens à fendre le cœur : hai minangè ! ô mon seigneur ; kbakka, mon roi ; hai n’yavio ! ô ma mère ; et malgré ces appels déchirans à la pitié publique, pas une main, ne se lève pour les arracher au bourreau, bien qu’on entende çà et là préconiser à voix basse la beauté de ces jeunes victimes. »

Quant aux métis, nous apprend le cardinal Lavigerie, ils sont pour la plupart les chefs des grands marchands d’esclaves ; par une coïncidence douloureuse, il y a vingt-cinq ans, ces affreux traitans pénétrèrent aussi pour la première fois, à la suite des explorateurs et des missionnaires, dans les régions où ceux-ci venaient apporter la civilisation et la morale chrétienne. C’est une race horrible, issue d’Arabes et de noirs du littoral, musulmane de nom, juste ce qu’il en faut pour professer la haine et le mépris de la race nègre qu’elle met au-dessous des animaux, et à qui, pour lui donner ce qui lui est dû, elle ne doit que l’esclavage, et, si elle résiste, les supplices et la mort. « Hommes affreux, sans conscience sans pitié, également infâmes pour leur corruption bestiale et pour leur cruauté, ils justifient le proverbe africain : » Dieu a fait les blancs, dieu a fait les noirs, c’est le démon seul qui a fait les métis… »

Ce qu’on apprenait de l’Afrique chaque jour en Europe par les lettres et les récits des voyageurs redoublait le zélé des négrophiles, zélé qui se traduisait en grosses souscriptions dont une partie était employée en diffusion de bibles. Mais ce beau feu ne donnait aucun résultat. Et comment en eût-il pu être autrement avec les contradictions qu’on signalait chez les chefs ? Le plus héroïque des Anglais, la victime la plus pure d’une politique inqualifiable, Gordon, n’avait-il pas rétabli l’esclavage après l’avoir combattu à outrance ? Lui aussi, avait compris qu’il n’y avait pas à lutter contre l’esclavage dans l’Afrique elle-même et que la solution de