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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/436

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qu’en eau trouble. La politique coloniale. a presque toujours été victorieuse au-delà des mers, parce que, à ses fusils à tir rapide, aux vaisseaux cuirassés qu’elle a à son service, il ne lui a été opposé que des floches et des lances, des fortins en torchis et couverts de paille comme ceux que l’exposition nous a montrés. Son excuse est en ce qu’elle obéit et cède inconsciemment à cette loi inéluctable, mystérieuse, qui veut que la lumière triomphe des ténèbres, la civilisation de la barbarie.

Que cette politique réussisse à supprimer en Afrique les marchés à esclaves, qu’elle en fasse disparaître la vente, l’achat et le transport, et alors il lui sera beaucoup pardonné, car des millions d’êtres humains lui devront la vie et la béniront au lieu de l’accuser ; , personne n’osera plus lui dire ce qui lui a été reproché tant de fois, c’est qu’elle n’asservit que des êtres faibles, incapables de lui résister, et dont elle n’a eu cure ni souci dès qu’elle les a vaincus. Tout pour l’envahisseur, rien pour l’indigène, telle parait être trop souvent la devise égoïste des vainqueurs.


I

A diverses époques très distinctes de l’histoire, deux grands assauts ont été donnés à l’esclavage, lequel, sans aucun doute, remonte au jour où la terre compta jusqu’à deux habitans d’inégale force. Dans la Rome primitive, un fils pouvait être déjà vendu par son père jusqu’à trois fois, et, bien plus tard, c’est-à-dire 72 ans avant Jésus-Christ, si nombreux étaient les captifs dans la capitale du monde, que Spartacus, qui les commandait, ne craignit pas de se mesurer à des légionnaires réputés invincibles. « Au Ier siècle de Rome, dit Montesquieu, les maîtres vivaient avec leurs esclaves ; ils avaient pour eux beaucoup de douceur et d’équité. Les mœurs suffisaient pour maintenir la fidélité ; il ne fallait pas de lois ; mais lorsque Rome se fut agrandie, que les esclaves ne furent plus les compagnons de travail de leurs maîtres, mais les instrumens de leur luxe et de leur orgueil, il fallut des lois terribles pour établir la sûreté de ces maîtres cruels qui vivaient au milieu de leurs serviteurs, comme au milieu de leurs ennemis. »

C’est l’évangile de Jésus, prêché par ses apôtres, qui porta le premier coup à l’esclavage païen. Des gladiateurs captifs, dressés pour les sanglans combats du cirque, apprirent de la bouche de martyrs chrétiens qu’il y avait plus de gloire à mourir pour un obscur crucifié que pour un césar romain. C’était l’époque où Néron enveloppait les briseurs d’idoles de peaux d’animaux pour mieux les faire déchirer