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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/434

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La façon dont les puissances européennes ont procédé au partage d’une grande partie du continent africain ne pouvait soulever de difficulté. En matière d’expropriation de ce genre, il ne s’agit, pour les hommes habiles dont un congrès se compose, que de bien s’entendre à l’avance sur ce qui convient le mieux aux pays qu’ils ont l’honneur de représenter.

Quant aux expropriés, qu’ils le soient de gré ou de force, nul scrupule à leur sujet ne saurait venir à l’esprit de personne.

Le sultan de Zanzibar, par exemple, Sa Hautesse Saïd-Bargash, a bien murmuré contre le sans-gêne avec lequel on lui a pris « en fermage » des villages et des centaines de lieues de côte, mais ses plaintes n’avaient pas plus de chance d’être entendues que celles d’un malheureux pigeon aux serres d’un vautour. Ce souverain a donc fini par vouloir tout ce qu’on voulait de lui et surtout de ses biens ; il a eu même l’esprit de se montrer satisfait, d’envoyer une ambassade en Europe, et c’est ce qu’il avait de mieux à faire. En somme, il doit s’estimer heureux qu’on ne l’ait pas entièrement dépossédé, car on n’avait pas plus le droit d’enlever à Bruxelles un grain de sable à ses domaines que de lui prendre ceux-ci tout à fait.

Une seule fois, il y a quelques années, l’opinion publique a eu raison d’une entreprise par trop brutale, c’est lorsque l’archipel des Carolines, un instant dérobé, fut restitué, après arbitrage du vénérable Léon XIII, à ses légitimes propriétaires.