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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/425

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guerre de 1870 : Thiers et Gambetta. Thiers, parce qu’il avait, seul et contre tous, condamné cette guerre ; Gambetta, parce que, follement, mais patriotiquement, il avait voulu la continuer jusqu’à la mort. Chacun, dans sa crise, avait vu le rôle à jouer, bien qu’en sens contraire. Chamberlain eut, au printemps de 1886, une vision de ce genre ; non-seulement il désarma les méfiances, mais il attira vers le radicalisme un immense courant de sympathie en montrant qu’il était plus anglais que le vieux libéralisme. Cette manœuvre, ou cette inspiration, allait mettre la politique du pays entre ses mains.

D’abord, il protestait contre la solidarité arbitraire, établie entre les deux mesures, l’une politique, l’autre fiscale. « lion-opposition au home-rule n’est que relative et conditionnelle ; mon opposition au land bill est absolue. « Il ne veut point faire d’un seul coup, en Irlande et au profit du paysan irlandais, avec l’argent du contribuable britannique, l’expérience qu’on ne lui permet pas de tenter en Angleterre, isolément, graduellement, prudemment, en faveur de ses propres compatriotes, les cultivateurs anglais. Sur quoi donc est garanti le remboursement de cette dette de trois milliards ? Sur le futur budget irlandais ? Mais l’Irlande devra suffire d’abord à l’entretien de son gouvernement et de sa police, au paiement de sa part proportionnelle dans les dépenses militaires et navales et dans l’amortissement des emprunts d’état. En somme, le remboursement est gagé sur le loyer de cette terre qui ne paie plus, qui ne peut plus et ne veut plus payer de revenu. C’est un prêt de trois milliards sur troisième ou quatrième hypothèque fait à une nation étrangère, car c’est là ce que veut être, ce que va devenir l’Irlande. Les Irlandais ne cachent point leur rêve : ils ne se reposeront que quand ils auront obtenu la séparation pure et simple, rompu le dernier lien qui rattache l’une à l’autre les deux Iles. Ainsi, pour obtenir son indépendance, l’Irlande cessera d’être co-propriétaire de l’empire britannique, mais prononce-t-on la dissolution d’une telle société ? Liquide-t-on un empire qui compte plus de deux cents millions de sujets et qui est l’œuvre des siècles ? Qui rendra à l’Irlande sa part des sacrifices accomplis, du sang versé sur les champs de bataille, de la gloire conquise en commun ?

Telles étaient, en substance, les critiques de M. Chamberlain. Cependant il ne niait pas la nécessité d’un grand effort pour résoudre la question irlandaise. N’avait-il pas défini le gouvernement de l’Irlande par l’Angleterre « un système fondé sur cinquante mille baïonnettes, le système de centralisation bureaucratique avec lequel la Russie gouverne la Pologne, avec lequel l’Autriche gouvernait Venise ? » N’avait-il pas ajouté : « Un Irlandais ne peut, à