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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/399

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Un enchaînement singulier de circonstances a fait d’un radical, M. Joseph Chamberlain, l’arbitre et l’inspirateur de la politique intérieure de l’Angleterre sous un gouvernement conservateur. N’eût-il de portée que pour nos voisins, le fait serait assez curieux et assez rare pour suggérer l’envie d’étudier l’homme et la situation : celle-ci dans ses origines et dans ses développemens, celui-là dans ses talens et dans sa doctrine.

Mais nous avons d’autres raisons de nous intéresser à M. Chamberlain. S’il est l’ami des démocrates américains, il est l’élève des démocrates français, un élève qui, en beaucoup de points, dépasse et corrige ses maîtres. Longtemps on l’a pris, ou l’on a feint de le prendre pour un révolutionnaire. En réalité, c’est un législateur-né, un organisateur, un constructeur de sociétés. Par là, il est l’homme de l’heure présente ; il marque le second âge de la démocratie, où, après avoir détruit, elle a la mission et le devoir de rebâtir.

L’Angleterre fera-t-elle l’économie d’une révolution ? Résoudra-t-elle, sans verser une goutte de sang, la question politique et la question sociale ? Une oligarchie, fondée sur la grande propriété territoriale, ayant pour organe un parlement omnipotent, s’évanouira-t-elle sans secousse, usée, amincie chaque jour, et, disparaissant enfin comme un rideau de gaze, laissera-t-elle voir un état populaire, vigoureusement décentralisé, se gouvernant lui-même,