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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/362

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Un système d’éducation rationnel devra combiner ces trois facteurs de manière à en retirer le maximum de rendement.

Le commandement est la clé de voûte. Il constitue le centre de toutes les impulsions. C’est l’élément le plus subtil et le plus fort, — en un mot, c’est l’âme. Dans la cavalerie surtout, son influence est frappante et immédiate. Cette arme ressent vivement. Une étincelle la galvanise ou une contrainte la retient. A la voir passer, on peut deviner qui la commande. Suivant que son chef lui inspire la confiance ou le doute, elle court alerte et vive, sûre du succès, ou bien elle se traîne résignée, par avance vaincue. Cette impression profonde, indéniable, a été ressentie par tous ceux qui ont vu de près des manœuvres de cavalerie. Presque toujours l’entrain ou l’inertie, l’action ou l’inaction, dépendent du caractère du chef ; qu’il change, et, sans transition, le découragement succède à la conviction, la passivité à l’enthousiasme. Ces brusques reviremens sont sans doute excessifs ; on peut les regretter, mais non les dédaigner ; ils ont la force d’un fait.

Si le commandement est l’agent principal, il faut s’efforcer d’en développer la valeur, d’en rehausser le prestige.

Un jour sans doute on reconnaîtra le péril auquel est exposé un corps d’officiers, dans une société où la concurrence, la poussée vertigineuse de bas en haut, sont érigées en règle ; où les convoitises constamment surexcitées conduisent au dédain des principes méthodiques d’un avancement justifié. On mesurera la difficulté de former et de maintenir intacte, à l’abri d’une contagion quasi-endémique, une race particulière d’hommes uniquement préoccupés de leur devoir. On sentira le besoin d’apporter la plus rigoureuse impartialité dans l’appréciation des titres et la distribution des récompenses. Pourtant, depuis douze années, l’armée, quelle que soit son apparente vitalité, a profondément souffert de l’influence de notre état social. Elle n’a pu complètement se maintenir en dehors des atteintes de la politique. Sans rappeler des exemples où l’on a pu constater trop clairement qu’il était parfois plus avantageux de faire preuve d’attachement aux idées du jour que de capacité, ne voit-on pas les lois mêmes armer la politique contre le haut commandement, en imposant aux chefs des corps d’armée, après trois années de fonctions, l’éprouve d’un renouvellement de pouvoirs, absolument contraire à toute idée de saine hiérarchie, comme à toutes les traditions de discipline ? N’a-t-on pas vu des chefs autorisés, longtemps écartés comme suspects, et dont les concurrens avaient parfois pour principal titre d’appartenir à une nuance mieux assortie ? N’a-t-on pas vu des ministres portés au pouvoir par de bruyantes coteries et réduits à se préoccuper