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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/353

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était animé le ministre qui portait la parole au nom de Louis XV. Quand il ne les aurait pas appris par le bruit public, d’Argenson en avait trop souvent fait confidence à son ami, le bon et pacifique Van Hoey, ministre ordinaire de La Haye à Paris (dont j’ai eu plus d’une fois occasion de parler), et Van Hoey s’était trop empressé d’en faire part à sa cour dans son langage emphatique et sentimental ; il avait trop souvent juré que Louis XV, servi par d’Argenson, n’était pas Louis XIV servi par Louvois, et que nulle pensée de conquête ne hantait l’esprit ni du souverain, ni du ministre, pour que l’on ne sût pas parfaitement, à La Haye, à quoi s’en tenir. Et, bien que Van Hoey fût complètement discrédité, bien que Wassenaer eût ordre de ne pas communiquer avec lui (ce dont le pauvre ministre se plaignait à d’Argenson dans des lettres désespérées), le renseignement, pourtant, avait été utile à mettre en note. Nul doute que Wassenaer l’eût présent à la mémoire en abordant la première audience qu’il reçut de d’Argenson [1].

Tout embarras, d’ailleurs, lui fut épargné : car c’est d’Argenson lui-même qui nous raconte qu’il le mit, dès les premières paroles, sur le terrain où il désirait certainement être placé. — « Dans une première conférence, dit-il, je lui dis que nos affaires avanceraient bien s’il voulait m’avouer une chose, à savoir s’il était ambassadeur seulement de la république de Hollande, ou, en même temps, de Hollande et d’Angleterre, ou de ces deux puissances et de la cour de Vienne ? » — Wassenaer n’avait assurément reçu aucun pouvoir ni de Vienne ni de Londres dont il pût se prévaloir, pour répondre directement à cette interpellation : il lui était cependant trop avantageux de se voir traité, non comme le messager suppliant d’une république aux abois, mais comme le plénipotentiaire officieux des deux grandes cours belligérantes, pour qu’il ne cherchât pas à entretenir cette illusion. — « Aussi, dit encore d’Argenson, il tourna autour de la question, assurant cependant que sa république ne faisait cette démarche-ci que par sa seule volonté et ses seules lumières. » — A travers cette dénégation si peu positive, d’Argenson crut comprendre qu’il venait au moins de l’aveu, sinon de la part de l’Angleterre, et la conséquence, qu’il n’ajoute pas, fut que Wassenaer fut autorisé à mettre par écrit ses idées sur les conditions du rétablissement de la paix en Europe. D’Argenson, à cet endroit même de ses Mémoires, raconte que, plusieurs fois dans le cours des conférences qu’il dut avoir par la suite avec Wassenaer, celui-ci, étonné et charmé de le voir aborder si

  1. Van Hoey aux États-généraux, 14 février, — à d’Argenson, 20, 21, 23 février 1746 ; (Correspondance de Hollande. — Ministère des affaires étrangères.)