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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/343

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Cet éloge délicat le touchait sans doute à un point sensible du cœur. J’aime à croire pourtant qu’il fut plus flatté en recevant d’un de ses lieutenans, le marquis d’Armentières, qu’il avait laissé à Louvain, la lettre suivante : — « Il était à croire qu’une manœuvre aussi belle et aussi hardie que celle que vous avez faite donnerait à penser aux Hollandais. La preuve en est par le prompt départ de M. de Wassenaer. Cette opération va donc être décisive, et le militaire seul aura à s’en plaindre, parce qu’ils cesseront de faire leur métier. » — Effectivement, la première conséquence du siège et de la prise de Bruxelles, c’était le départ pour Versailles d’un employé hollandais, chargé par les Etats-généraux de venir porter des propositions de paix, et dans la circonstance, cette démarche, si on savait promptement en tirer parti, pouvait terminer par une crise décisive la longue guerre qui désolait l’Europe.

On pourrait signaler dans l’histoire de l’Europe moderne plus d’une occasion où les résolutions d’un petit état, peu puissant par lui-même, ont décidé de l’issue d’une grande lutte, et par là même de la direction imprimée au cours général des événemens. C’est le poids léger qui, jeté à droite ou à gauche dans les plateaux d’une balance, suffit pour la faire trébucher dans un sens ou dans l’autre. Tel était le rôle aussi important que périlleux dévolu, dans cet instant critique, à la république hollandaise. Du moment où les Pays-Bas ne contenaient plus un soldat anglais, et où, de Dunkerque à Ostende, toutes les côtes flamandes étaient occupées par les armées françaises, Londres et vienne ne pouvaient plus communiquer librement qu’à travers la Hollande. Les ports hollandais étaient les seuls où une flotte britannique pût encore aborder sans combat, le jour où l’Angleterre se croirait de nouveau en mesure de reparaître sur le continent. Le territoire hollandais était aussi le seul point de rassemblement possible pour les troupes alliées et le heu désigné pour les réunions de leurs chefs. Qu’allait-il donc arriver si la Hollande elle-même, épouvantée par l’essor Victorieux des armes de Maurice, perdait courage, demandait grâce à Louis XV et obtenait de lui la permission de rentrer dans un état de neutralité qui, fût-elle même passive et malveillante, l’aurait obligée de fermer les entrées de terre et de mer à tous les ennemis de la France ? Le coup eût été mortel pour la coalition, atteinte par là comme à son nœud vital et séparée en deux tronçons qui ne pourraient plus se rejoindre. C’était la crainte exprimée par les meilleurs juges dans les deux contrées intéressées, où l’on suivait avec une inquiétude chaque jour croissante les progrès des opérations militaires du maréchal de Saxe. — « La France, écrit Horace Walpole