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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/242

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curieux des spectacles, le plus étrange assemblage de grandeurs mondaines attirées par un mariage. On pourrait dire que c’est la fête de cette honnête et digne maison de Danemark, si bien apparentée qu’elle a des princes et des princesses sur tous les trônes ou près de tous les trônes, en Angleterre avec la princesse de Galles, en Russie avec l’impératrice, en Grèce avec le roi George, marié lui-même à une fille du grand-duc Constantin. Aussi tous les princes possibles se sont-ils donné rendez-vous pour un jour à Athènes. Le vieux roi de Danemark a fait le voyage pour présider au mariage de son petit-fils, de même que l’impératrice Frédéric, malgré son deuil, a tenu à accompagner sa fille, appelée à être l’héritière de la couronne de Grèce. On a vu débarquer au Pirée le tsarewitch, le prince et la princesse de Galles, bien d’autres encore, — et entre tous l’empereur Guillaume lui-même, qui a tenu à annoncer son arrivée à M. de Bismarck par un télégramme enthousiaste, où il lui envoie son salut et ses premières paroles a de la ville de Périclès et des colonnes du Parthénon. » Et le mariage s’est fait avec ce cortège de princes, au milieu d’une population flattée de voir tant d’uniformes, tant de grandeurs de la terre. A la vérité, il y avait dans tout cela un contraste qui a été peut-être secrètement senti. Ce jeune duc de Sparte, dont on célébrait l’union, c’est le petit-fils du roi de Danemark, dépouillé par l’Allemagne, et cette jeune princesse Sophie, unie aujourd’hui au duc de Sparte, c’est la petite-fille du souverain qui a dépouillé le Danemark ! Il y a eu aussi une particularité au moins bizarre. O vicissitude humaine ! la voiture qui a servi au jeune couple grec serait tout simplement le carrosse préparé il y a plus de quinze ans pour l’entrée de M. le comte de Chambord dans sa bonne ville de Paris. Qui aurait dit que le carrosse destiné à l’entrée du roi de France à Paris devait servir quinze ans plus tard au mariage de l’héritier de la couronne hellénique avec une princesse allemande dans « la ville de Périclès ? »

Aujourd’hui, ces fêtes grecques sont passées comme un rêve de féerie. Elles ne sont point assurément sans intérêt pour un état nouveau que tant de princes viennent saluer. On sait bien cependant, et ce qui s’est passé à Athènes aurait pu le rappeler une fois de plus, que les alliances de famille ne changent pas la politique des états. Témoin le petit et honnête Danemark si agrandi par les alliances et si mal protégé contre la conquête ; témoin le roi George lui-même, qui, malgré l’origine russe de la reine, n’a pas moins vu il y a quelques années la Russie joindre ses navires aux navires de l’Europe pour contenir l’ambition un peu trop impatiente de la Grèce. Rattachée à la Russie, à l’Allemagne, à l’Angleterre par les liens de famille, à la France par de vieilles et irrésistibles sympathies, la Grèce a droit à toutes les espérances sans doute ; c’est surtout et avant tout par une bonne politique qu’elle peut préparer avec sécurité l’avenir auquel elle aspire en Orient.