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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/241

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doute agitée à Berlin ; elle se débat aujourd’hui à Friedrichsruhe, dans les entretiens de M. de Kalnoky avec M. de Bismarck, et on ne voit pas bien ce que le prince Ferdinand provisoirement régnant en Bulgarie a cru gagner pour sa cause en mêlant à ces négociations la petite aventure de sa promenade presque clandestine en Europe. Le prince Ferdinand a passé à la dérobée par vienne, il est allé à Munich et à Genève. Il est venu à Paris, où il a visité l’Exposition et fait l’ascension de la tour Eiffel. Il est allé à Londres ; on ne dit pas qu’il soit alle à Berlin ni surtout qu’il ait poussé jusqu’à Pétersbourg. Il est aujourd’hui à Pesth, il ne semble pas pressé de regagner sa principauté. Il rentrera à Sofia comme devant, sans avoir trouvé sur son chemin ce qu’il cherchait, la sanction de sa souveraineté, la reconnaissance de l’Europe, toujours ballotté entre la Russie, qui le traite comme un usurpateur, l’Autriche, qui ne demanderait pas mieux que de le reconnaître, et le chancelier d’Allemagne, occupé à chercher le moyen de tout concilier, de donner raison à l’Autriche sans donner tort à la Russie, — dans l’intérêt de la paix. En attendant que M. de Bismarck ait résolu le problème, voilà la Bulgarie bien garantie, bien assurée du lendemain ! voilà l’Europe bien tranquillisée sur ce qui peut se passer à Sofia ou à Philippopoli, dans ces régions où règne M. Stamboulof au nom du prince Ferdinand, que personne n’a reconnu ! S’il n’y a pas en Serbie la même question de souveraineté indécise, si de plus les démêlés conjugaux du roi Milan et de la reine Nathalie ont été quelque peu apaisés par une transaction qui a permis au jeune roi Alexandre de voir sa mère, la situation n’est peut-être pas bien meilleure. Quelques précautions diplomatiques que prenne la régence pour paraître indépendante des influences extérieures, l’assemblée nationale, la Skouptchina récemment réunie, n’a pas moins saisi l’occasion de la réponse au discours de la couronne pour faire une manifestation en faveur de la Russie. Soit, rien de plus simple peut-être que le souvenir des Serbes pour la grande protectrice des Slaves ; seulement si les sympathies pour la Russie deviennent trop bruyantes, l’Autriche se sent menacée, — et voilà M. de Bismarck qui a encore un problème à résoudre, sa médiation à exercer !

Décidément ces états des Balkans, dont on avait cru fixer la condition par le traité de Berlin, sont destinés à ménager plus d’une surprise, plus d’un péril à l’Europe ; mais si les Balkans ont toujours un aspect un peu sombre, il y a heureusement une autre partie de l’orient qui est aujourd’hui en fête : c’est la Grèce, où vient d’être célébré, au milieu de toutes les pompes, le mariage du duc de Sparte, héritier de la couronne hellénique avec la jeune princesse Sophie, sœur de l’empereur d’Allemagne.

Ici tout se réunit pour offrir sous le plus beau ciel du monde, dans une contrée privilégiée de histoire, en présence du Parthénon, le plus