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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/202

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La littérature diplomatique est une plante qui a pris dans ces dernières années un prodigieux accroissement ; elle a fleuri, fructifié avec abondance, et de jour en jour elle pousse de nouveaux rejetons. Les hommes d’état, les diplomates qui s’étaient trouvés mêlés à quelque négociation et ceux mêmes qui n’avaient jamais négocié ont vidé leurs portefeuilles, publié leurs dépêches, raconté tout ce qu’ils avaient fait, ce qu’ils avaient vu, ce qu’on leur avait dit et ce qu’ils avaient répondu. Cette littérature, comme toute autre, a produit des œuvres excellentes, qui resteront, d’autres fort médiocres ou tout à fait insignifiantes. Mais bonnes, ou médiocres, toutes ces publications, si inégales de valeur, ont modifié singulièrement l’idée superstitieuse que les profanes se faisaient de la politique et du gouvernement des choses humaines. Ils étaient disposés à ranger la diplomatie parmi ces sciences mystérieuses, telles que la cabale et l’alchimie, dont les secrets ne sont connus que des initiés, des adeptes parvenus au grand œuvre. Les diplomates qui se sont obligeamment chargés de nous instruire nous ont prouvé que leur science n’a rien de mystérieux, qu’elle est très simple dans ses principes, et que c’est précisément pour cela qu’elle est si difficile à acquérir et qu’elle demande un long et laborieux apprentissage. De quoi qu’il s’agisse, les idées simples sont les dernières qui viennent à l’esprit, il faut aller jusqu’au fond des choses pour les trouver.

Balzac, qui était à la fois un grand et profond observateur et le plus imaginatif des hommes, croyait avec ferveur aux sciences occultes,