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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/201

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éphémères qui ont émergé à sa surface. Oubliez-les donc, pour un temps ! Allez droit au peuple, demandez-lui ce que vous voulez pour son bien, pour la patrie, pour vos croyances et vos justes intérêts ; il vous donnera beaucoup, si vous le persuadez que vous ne toucherez jamais à la formule qu’il chérit ; et vous ne le persuaderez sur ce point que si votre promesse sort du dernier repli de votre âme. — Je reviens toujours au cercle où tourne notre raisonnement ; j’y reviens à satiété, dans cette page qui va manquer sous ma plume. Mais je ne m’inquiète pas de littérature, chacun le sentira, dans cette page où tombe une conviction absolue. Avant de la traiter d’ingénue, qu’on me cite un essai complet, probant. — Nous avons vu le semblant d’essai ; encore une fois, je ne m’étendrai pas sur ce triste sujet. Res sacra miser. Mais il est bien permis de croire que l’essai fut tout en parade. Et cependant, au premier appel d’une voix que le peuple estimait désintéressée et véridique, sous le tumulte des passions factices ou mauvaises, vous vous la rappelez, la traînée de poudre, et tous les cœurs se jetant d’eux-mêmes à celui qui semblait répudier tous les partis pour ne connaître que le parti de la France. Si ces cœurs avaient trouvé, non point du génie, non pas même de l’habileté, mais un cœur ferme et sincère, digne de recevoir tous ceux qui s’offraient à lui,.. qui signerait aujourd’hui des mandats de caisse et les brevets de croix ? — Lecteur, je ne sais qui vous êtes et ce que vous pensez ; je ne sais ce que vous répondrez si vous me lisez tout haut, devant un autre ; mais si vous lisez tout bas, lecteur de France, votre réponse m’est connue.

Nous voici loin de la tour Eiffel et de la galerie des Machines. Avant la clôture du Centenaire, il fallait étudier autour de l’Exposition les transformations d’idées qu’elle a traduites aux yeux. Elle nous les a montrées dans les choses, dans les sciences, dans l’architecture, dans des efforts du travail. La belle féerie va s’évanouir. Il en restera l’admirable preuve de force que la France s’est donnée à elle-même, qu’elle a donnée au monde. L’Europe est unanime à saluer notre triomphe. Jouissons-en, sans oublier ce qui lui manque. Remercions tant d’ouvriers dévoués qui l’ont fait, depuis ceux qui en furent l’âme jusqu’aux plus humbles bras. J’ai bien senti ce que nous leur devions, en causant avec les étrangers nos hôtes : pour la première fois depuis vingt ans, il nous revenait, ce sentiment de vie et de fierté que dut éprouver Lazare en remontant du tombeau. Nous ne dirons pas adieu sans regret à l’Exposition qui nous l’a rendu.


EUGÈNE-MELCHIOR DE VOGÜÉ.