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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/192

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l’action religieuse qu’une chance sur cent, n’y eût-il qu’un retard et une atténuation des secousses à prévoir, on serait impardonnable de paralyser cet auxiliaire.

Le second motif est d’ordre extérieur. En revenant d’inaugurer l’Exposition, nous avons salué avec joie la force prodigieuse que la France révélait au monde. Mais nous faisions nos réserves ; nous disions qu’il y a plusieurs catégories de forces dans le monde. Comptons-en trois principales. D’abord la force industrielle, économique, celle qui provient du travail ; elle est puissante de nos jours, et c’est la nôtre. Ensuite, la force militaire, brutale, comme on dit souvent, et le mot n’est juste qu’à demi. J’espère bien que nous la possédons aujourd’hui ; mais dans l’opinion de l’Europe, et jusqu’à preuve du contraire, cette seconde force a son maximum autre part que chez nous ; du moins l’Europe agit comme s’il y avait chose jugée à cet égard. Reste la force spirituelle, dont l’Église est dépositaire ; on est parfois tenté de la négliger, tant ses élémens sont impalpables ; et pourtant, au cours des années récentes, elle a contre-balancé les autres ; elle a contraint ces dernières à traiter d’égal à égal avec un rien matériel qui domine tout. L’équilibre du monde actuel repose sur le jeu de ces trois forces ; une politique avisée doit fonder ses calculs sur leurs combinaisons. La force spirituelle, un moment sollicitée par la militaire, est redevenue libre après désillusion ; nous serions maintenant dans des conditions très favorables pour l’allier à la nôtre, si notre politique se faisait avec des réalités et non avec des passions. Reportons-nous à l’inauguration solennelle, au Champ de Mars ; supposons la cérémonie rehaussée aux yeux des étrangers par le concours des dignitaires de l’église, par la présence même du nonce romain. Ce résultat pouvait être préparé par quelques années d’entente amicale, décidé avec un Te Deum après la Marseillaise. L’hypothèse n’a rien de chimérique, les républicains de 1848 l’eussent réalisée, s’ils avaient fait une exposition. Je le demande à tous ceux qui ont l’usage du clavier diplomatique : ces ambassadeurs dont l’absence nous a chagrinés, quel n’eût pas été leur embarras en pareil cas ? L’abstention devenait impossible pour plusieurs d’entre eux ; si quelques-uns y avaient persisté,.. je ne voudrais pas risquer ici une parole aventurée, mais vraiment, les places laissées vides n’auraient guère attiré les yeux.

Les considérations qui précèdent s’adressent aux esprits désintéressés de la foi, mais exempts de haine. Je n’ai pas la naïveté de croire qu’elles persuadent des hommes encore chauds de la bataille, retranchés derrière leurs partis-pris. D’autres temps et d’autres hommes viendront, peut-être très vite. Une fois déjà, dans