Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/178

Cette page n’a pas encore été corrigée


leur exposition, très importante, la plus considérable même des expositions étrangères, ne permet pas encore de répondre. C’est dans la galerie américaine surtout qu’on peut se croire en pleine galerie française. Presque toutes les œuvres qui y sont exposées ont déjà paru au Salon de Paris, et nous avons eu l’occasion d’en parler. Presque toutes aussi, d’une habileté extraordinaire, d’une technique savante et raffinée, représentant des sujets modernes dans de grandes dimensions, se rattachent soit à l’école française, soit à l’école hollandaise, soit aux deux écoles combinées. On y retrouve avec un grand plaisir les toiles, si brillamment brossées, qui ont fait la réputation de leurs auteurs, les brillans portraits de M. Sargent où il se montre le rival de son maître, M. Carolus Duran, le Quatuor espagnol de M. Dannat, d’une exécution si ardente et si vigoureuse, les Pilotes de M. Melchers, le Crépuscule et la vague de M. Harrison, un paysagiste vraiment hardi et original, le Benedicite de M. Gay, un certain nombre d’ouvrages de MM. Knight, Chase, Vail, Davis, Bridgman, Boggs, Mac-Ewen, Mosler qui se rattachent, presque tous, à quelqu’un de nos maîtres en renom ; mais toutes ces toiles, médaillées à nos expositions, sont trop connues pour que nous ayons à y revenir. En général, d’ailleurs, tous ces artistes varient peu leurs sujets et leur manière. Il serait contraire aux lois ordinaires de l’évolution artistique qu’il ne sortit pas de cette virtuosité si brillante, un mouvement d’art particulier, lorsque cette habileté se sera transportée sur le territoire natal. La section des aquarelles et des dessins donne, à cet égard, plus que des espérances. Chez bon nombre d’illustrateurs habiles, tels que MM. Abbey, Reinhart, Low, on voit déjà s’opérer la combinaison du naturalisme franco-hollandais et de l’imagination anglo-germanique d’où sortira sans doute l’art du nouveau monde. Jusqu’à présent toutefois les peintres proprement dits de la jeune Amérique ont subi chez nous la transformation que subissaient autrefois les septentrionaux en Italie ; ils sont devenus si Français que nous avons peine à les distinguer de nous-mêmes, et leur talent nous fait trop d’honneur pour que nous songions à nous en plaindre.


GEORGES LAFENESTRE.