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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/173

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d’histoire ou de portraits, déploient beaucoup d’esprit et de savoir-faire, marchent à côté de nos bons peintres de genre. Il y a plus de couleur locale, avec une certaine familiarité un peu grosse, chez MM. Ravel et Simon Durand, et, sous l’influence allemande combinée avec l’influence française, Zurich a produit deux portraitistes de mérite : Mlle Breslau et Mlle Bœderslein. Toutefois, c’est dans le paysage et ses annexes qu’on retrouve plus naturellement la tradition, un peu sèche et méticuleuse, mais profondément honnête, des anciens peintres du pays. M. Eugène Burnand, M. Baud-Bovy, M. Gaud, renouvellent et rajeunissent cette tradition par une habileté pittoresque plus chaleureuse et plus largo.

En Italie et en Espagne, on constate, pour le moment, beaucoup d’activité et d’agitation, une ardeur inquiète de recherches dans tous les sens, une mêlée de réactions séniles et d’insurrections enfantines, des explosions d’ambitions énormes suivies de déceptions profondes, en somme, un état de malaise et d’anxiété qui présage peut-être des résurrections, mais qui, en tout cas, est bien préférable à l’ancien état de prostration et d’inertie. A la suite des révélations accablantes de 1855 et de 1867, l’Italie et l’Espagne n’ont pas été les dernières à faire leur examen de conscience et à se remettre en marche. C’est même avec un certain éclat que ces glorieuses endormies parurent se vouloir réveiller, et les noms de M. Morelli en Italie, de Fortuny en Espagne, s’attachent au souvenir de cette récente tentative de renaissance. Ce mouvement n’a pas abouti. Pourquoi ? Par une raison bien simple. Au lieu de remonter aux véritables sources de leur grandeur passée, au lieu de reconstituer, par une étude sérieuse, un enseignement fondé sur une observation grave de la réalité et sur l’étude technique des maîtres complets et forts, on s’est arrêté, de part et d’autre, aux brillans artistes de décadence, aux manieurs habiles et superficiels de la pâte et de la couleur, a Baroccio, à Tiepolo, à Goya ! Dans ces derniers temps, on s’est avisé de l’erreur ; on paraît avoir compris que tout ce système amusant d’effilochages polychromes et de frétillemens aveuglans, fût-il soutenu par un noble sentiment dramatique, comme chez M. Morelli ou par une science ingénieuse d’observation, comme chez Fortuny, ne pouvait conduire à grand’chose. Le fonds sérieux manquait trop, c’est-à-dire la fermeté du dessin, la consistance des formes, la puissance et la simplicité de l’analyse physiologique et psychologique.

A l’heure actuelle, on s’est remis à travailler sur nouveaux frais, en regardant du côté de Paris, quelquefois y regardant trop. On peut à peine prendre pour des Italiens un Boldini, le plus pétillant et le plus spirituel de leurs portraitistes, MM. Pittara, Ancillotti,