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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/168

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Kever, marchent presque tous sur les traces de M. Israëls. C’est, en général, la même disposition d’un groupe unique, presque toujours une femme et un enfant, ou quelque réunion de famille, dans un intérieur obscur, le même procédé d’éclairage sourd et mystérieux frôlant d’un demi-jour le visage et les parties expressives des figures, les mêmes frottis et hachures de pâte martelée et grisâtre à travers lesquels transperce un sentiment confus et doux de tendresse et d’intimité. Le système n’est pas sans danger ; cette incertitude des formes, cette tristesse du coloris, qui ne sont nullement indigènes dans le pays de Hals, de Metzu, de Rembrandt, ne conduiront pas bien loin les Hollandais s’ils s’y entêtent et s’y enferment. Il est plus facile, il est vrai, d’obtenir ainsi, par un ensemble d’atténuations, cette fusion douce et mélancolique des tonalités qui semble être leur principal souci et dont ils tirent, en vérité, des effets assez heureux. Les Travailleurs de la mer, les Paysans à table, l’Enfant qui dort, par M. Israëls, malgré l’insuffisance et la monotonie de cette technique pâteuse, se sauvent par la grandeur et la sincérité du sentiment. Dans les Momens de peine, de M. Neuhuys, dans la Consolation, de M. Artz, dans l’Enfant malade, de M. Kever, le sentiment est presque aussi fort, mais l’évidence de l’imitation atténue la valeur de l’expression. Il y a plus d’effort chez MM. Luyten et Valkenburg pour donner du corps à leurs figures et de l’éclat à, leurs colorations. MM. Henkes et Hubert vos, que nous connaissions déjà, nous paraissent aussi dans la vérité en demandant des conseils aux maîtres plus sains du XVIIe siècle.

Sans apporter dans leurs marines et dans leurs paysages l’intensité d’observation des Anglais, les Hollandais s’y montrent toujours respectueux de la vérité. S’il n’est pas aussi énergiquement saisissant que MM. Moore et Hood, M. Mesdag est plus intelligible pour le grand nombre ; il sait exprimer les mouvemens, calmes ou violens, de la mer du Nord, sous les effusions lumineuses des crépuscules apaisés ou l’amoncellement des nuées menaçantes, avec une force de poésie remarquable. Sa Marée montante et sa Nuit au bord de la mer ne marquent, dans l’impression ou dans l’exécution, aucune trace d’affaiblissement chez ce maître vaillant. A côté de lui M. Jacob Maris, fidèle, lui aussi, à la tradition nationale des formes précises, des tonalités chaudes, de la facture solide, montre une connaissance approfondie des ciels brouillés et inquiets de son pays dans le Moulin, le Canal à Rotterdam et Au bord de la mer. La même entente de l’unité lumineuse, avec moins de force dans le rendu, mais des accens Ans et variés d’une délicatesse attendrie, donne encore du charme et du prix aux paysages de MM. Ten Cat, Roelofs, Gabriel, Du Chanel, Tholen, Willem Maris, Mauve,