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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/167

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trapus. Ses paysages trop grands font oublier qu’ils sont un peu vides par un rayonnement intense de chaleur concentrée. Dans le camp opposé, M. Lamorinière, travaillant au microscope sur les écorces des sapins et comptant une à une les graminées dans les clairières, prouve qu’on peut produire des résultats presque identiques par des moyens exactement contraires. La Sapinière peut ne sembler qu’un prodige d’exécution patiente, mais l’Hiver est un paysage très ressenti. Entre MM. Courtens et Lamorinière, il y a encore bien de la place pour de moins dégagés ou de moins pointilleux ; c’est celle qu’occupent MM. Asselbergs, Artan et Clams. Ce dernier, trop influencé, à notre gré, par l’exactitude tranchante des images photographiques, est à la fois bon peintre de figures et bon peintre de paysages. Il exprime à merveille la transparence des eaux fraîches sous la limpidité de l’atmosphère. Sa Vieille Lys, une après-midi, en octobre, portant une barque avec un vieux passeur qui allume sa pipe, donne, plus encore que son Pique-Nique, une excellente idée de son talent.


IV

La Hollande, malgré son voisinage, a moins de parenté avec la Belgique qu’avec les états Scandinaves, Danemark, Suède, Norvège, dont les organisateurs de l’exposition l’ont avec raison rapprochée. Il court, à l’heure actuelle, parmi les artistes de ces divers pays, un souffle commun, parti des Pays-Bas, qui les agite et qui les pousse tous dans le même sens. C’est là que brûle depuis quelques années le loyer silencieux et actif de la révolution qui s’opère dans la vision des artistes et dont nous avons suivi les progrès au Salon annuel. L’influence de climats brumeux et sombres, où les hivers sont longs, où le soleil est rare et précieux, entre pour beaucoup dans cette tendance marquée à chercher l’émotion poétique et pittoresque dans une analyse de plus en plus subtile des nuances de la lumière, soit naturelle, soit artificielle. D’un autre côté, la simplicité des mœurs, les habitudes de vie intérieure, y préparent certainement les esprits à un travail d’observation plus naïf et plus spontané. Le fait est que, lorsqu’on entre dans ces sections, on est surpris par la familiarité douce et tendre de la plupart des sujets traités, par l’étrangeté consciencieuse et expressive de leur éclairage, tantôt rare et mystérieux, tantôt aigre et papillotant, et en général, par une discrétion d’effet qui n’a pas toujours pour cause l’insuffisance technique, mais qui révèle souvent un sentiment délicat et profond dans la conception, une honnêteté ferme et modeste dans l’exécution.

Les peintres familiers de Hollande, MM. Artz, Neuhuys, Sadée,