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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/165

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l’exécution. M. Van M. Van Beers, qui continue à savonner des figurines sèches et froides, lustrées et lissées, aux attitudes provocantes, aux toilettes excitantes, nous tombons dans l’enluminure photographique, patiente, indifférente, inexpressive. Sauf dans le Portrait de Pieter Benoit, c’est beaucoup d’habileté, une habileté impersonnelle, presque mécanique, dépensée en pure perte. Exemple utile, d’ailleurs, pour montrer une fois de plus que l’exacte et minutieuse imitation de la réalité n’est point du tout de l’art.

Ce qui fait l’œuvre d’art, on ne saurait trop le répéter, c’est la force du sentiment qu’un individu y fixe et y éternise ; la nature n’est que l’arsenal toujours ouvert où il va chercher ses moyens d’expression. Si l’on veut voir des œuvres d’art formant le plus frappant contraste avec les productions de M. Van Beers, on n’a qu’à regarder les deux toiles, tristes et sombres, de M. Struys, le Gagne-Pain et le Mort. Dans la première, auprès d’une fenêtre, un jeune homme, un phtisique, affaissé dans un fauteuil, pâle, ses deux grandes mains, des mains d’ouvrier, blanches et décharnées, allongées sur ses genoux, attend, d’un air accablé, la potion que sa vieille mère, debout devant lui, verse avec précaution dans une cuillère. Dans la seconde, la scène est plus déchirante encore : le mort, c’est l’enfant, l’enfant de l’ouvrière, veuve ou abandonnée ; il vient de s’endormir de l’éternel sommeil dans le berceau qu’enveloppe un grand drap. La pauvre mère, assise sur une chaise, près de ce berceau, s’affaisse en sanglotant. On ne voit pas plus son visage qu’on ne voit l’enfant. Toute l’angoisse s’exprime par le ramassement douloureux de cette masse noire qu’on sent vivante et suppliciée au pied de cette masse blanchâtre sous laquelle on devine la mort irréparable et incompréhensible. Nulle contorsion, nulle déclamation. Toute cette scène poignante et silencieuse se passe dans l’ombre ; au-dessus, éclairés par la misérable lueur d’une chandelle fixée dans un goulot de bouteille, se détachent sur la muraille blanche tous les objets familiers soigneusement rangés par la bonne ménagère flamande sur la commode ou fixés à la paroi : les verreries dépareillées, les tableaux de sainteté, le Crucifix consolateur entre les angelots de faïence peinte. La douleur maternelle a rarement été exprimée avec plus de simplicité par des moyens plus franchement pittoresques. M. Struys est un dessinateur ferme et consciencieux, un coloriste grave et solide ; il pourrait être un virtuose, s’il le voulait ; c’est un rare mérite, avec ces qualités, de s’enfermer si naturellement dans son sujet. M. Struys n’est pas le seul qui, dans son pays, apporte cette grande sincérité dans la représentation des types populaires. MM. Halkett, Meunier, Frédéric, Impens, sont des observateurs moins touchans, mais