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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/163

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l’histoire, ils se compassent, veulent être trop savans et trop corrects, et n’aboutissent, en général, qu’à des travaux de bons professeurs, exacts et sages, mais sans originalité et le plus souvent insignifîans. Bien qu’ils possèdent beaucoup d’académies, ils n’ont point le sang académique ; le classique et la plastique n’ont jamais été leur affaire. Certes, il faut de la science, de l’intelligence, de la volonté pour mener à bien une grande scène comme la Translation à Louvain du corps du bourgmestre Van der Leyen assassiné par des nobles bruxellois en 1379, de M. Hennebicq. L’artiste a même donné à son cortège une dignité dans le désespoir, une simplicité dans l’indignation, qui montrent chez lui une saine horreur des exagérations mélodramatiques. Les figures sont bien comprises, les visages bien étudiés, le parti-pris d’éclairage net, puissant et calme ; néanmoins l’ensemble, laborieusement peint dans une note égale et terne, ne produit pas l’effet qu’on pouvait attendre de tant de qualités réunies. M. Delpérée déploie plus de facilité, de mouvement, d’entrain dans son Luther à la diète de Worms, mais c’est une facilité superficielle, d’illustrateur plus que de peintre, la facilité courante, que nous connaissons trop dans nos monumens publics. Il n’y a plus rien là de l’intensité pénétrante et virile avec laquelle Leys s’efforçait d’évoquer les personnages du XVIe siècle. La Polyxène de M. Stallaert, la Psyché de M. Herbo, l’Homme piqué par la fourmi de M. Van Bisbroeck, les études vénitiennes de M. Smits, sont des travaux estimables et distingués, mais sans accent inattendu.

Il n’en est pas de même, des œuvres de MM. Wauters et Alfred Stevens, qui, comme peintres de figures, tiennent toujours la tête. Tout Français qu’ils soient ou par leur éducation ou par leurs habitudes d’esprit (M. Stevens réside même à Paris), ils ont gardé intact leur fonds belge de beaux coloristes et de bons ouvriers, manipulant la pâte avec cette dextérité résolue et brillante qui est comme la marque de fabrique indigène. Les sept portraits de M. Wauters présentent son talent, souple et pénétrant, sous les aspects les plus variés ; on y retrouve toujours la note flamande, le coup de brosse ferme et vibrant, visible surtout dans les accessoires. La robe en satin bleu clair de Madame Somzée, debout, appuyée à son piano, les meubles et les tapis qui garnissent son salon, le cheval isabelle sur lequel est monté le jeune M. Daye, la veste en velours de ce petit cavalier, le pelage du terrier qui lui apporte sa cravache entre les dents, le paysage maritime qui l’entoure, la robe grenat de Mme la baronne de Coffinet, tous ces détails sont traités avec cette exactitude vivo et brillante qui est traditionnelle dans les Flandres. Il arrive même chez M. Wauters, comme chez plusieurs de ses compatriotes, que l’accessoire nuit quelquefois au