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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/161

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sous l’éparpillement agité des reflets solaires ou le faisceau massif d’un éclairage concentré, la vérité anguleuse des mouvemens, l’individualité osseuse des visages, le plissement saccadé des vêtemens, la netteté expressive des physionomies. Les qualités foncièrement hollandaises, l’unité pittoresque, la fusion harmonieuse, la tendresse et la souplesse dans les transitions, lui échappent absolument ; il les remplace par des qualités allemandes, plus volontaires et plus réfléchies, et dont il ne faut pas médire, car elles ont leur prix.

Dans l’école bavaroise, avec des restes de virtuosité plus marqués, on sent moins de rigueur et de système, plus de laisser-aller aussi et plus d’émotion, au moins chez M. Uhde. Nous avons déjà eu l’occasion d’apprécier ici le mérite de sa Cène. Le sentiment qui l’a inspirée nous semble toujours élevé et délicat, mais la peinture, d’une pâte laborieuse et terne, a déjà vieilli depuis deux ans. M. Ruehl est aussi un habitué de nos Salons annuels ; son Maitre de chapelle, ses Joueurs de cartes, ses Orphelines surtout, ont gardé fort bon air. C’est du Menzel attendri, du Liebermann modéré avec une finesse ingénieuse assez particulière et une prestesse de touche qui a fait vite école. Le plus personnel de tous, le moins francisé, est pourtant M. Leibl. Celui-là est bien de son pays, il y reste, il l’aime, il l’étudie, il le connaît. Son imagination ne le tourmente pas ; des études de paysans et de paysannes, quelques portraits d’amis, voilà toute son œuvre, mais c’est une œuvre consciencieuse, poussée avec un soin extrême, avec la patience méticuleuse d’un primitif et d’un solitaire ; la forte volonté qu’on y sent empreinte ne laisse pas d’agir sur l’esprit de ceux qui la regardent. Son Portrait de chasseur, au bord d’un lac, bien qu’étonnamment caractérisé, blesse trop peut-être nos yeux "français par l’excès de sécheresse et de minutie auquel la passion de l’exactitude à outrance entraine ce dessinateur acharné. Dans la Paysanne du Vorarlberg et dans le Paysan et paysanne de Dachau, au contraire, la rigueur de l’analyse se tempère par l’éclat simple et fort des colorations. Le talent de l’artiste atteint son maximum de liberté et de science dans le beau morceau des deux Femmes de Dachau, en robes noires agrémentées de rubans rouges, avec de hautes coules empesées et des bas à jour, assises, l’une près de l’autre, dans leur intérieur. Ce sont-là, avec les toiles de M. Liebermann, les ouvrages les plus intéressans de cette petite galerie où l’on remarque encore quelques peintres de scènes modernes assez personnels, MM. Olde, Hoecker, Firlé, Herrmann, Petersen, M. Claus Meyer, un imitateur tout à fait habile des vieux Hollandais, M. Mueller, un paysagiste précis et vigoureux,