Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/146

Cette page n’a pas encore été corrigée


productions artistiques autant que dans ses agitations politiques et sociales.

Pour qui a pu voir l’exposition des artistes étrangers au palais Montaigne en 1855, pour qui se souvient de l’état d’abaissement dans lequel était alors tombé l’art de la peinture chez la plupart des peuples européens, même les plus glorieux par leur passé, tels que l’Italie, l’Espagne, la Hollande, et de l’état de barbarie dans lequel il se trouvait chez les peuples nouveaux, soit de l’Europe septentrionale, soit de l’Amérique, l’exposition actuelle, si incomplète qu’elle puisse être, montre, de toutes parts, en l’espace de trente ans, une série d’étonnans progrès accomplis. Sous l’influence des exemples français, presque partout, les études techniques et historiques ont été renouvelées ou entreprises. Presque partout, même dans la Grande-Bretagne, le centre d’art le plus intact en 1855, grâce à la répétition des expositions internationales, sous cette même influence, les écoles se sont multipliées, rajeunies, échauffées. Presque partout, nous pouvons assister, après une lutte plus ou moins violente entre la tradition académique et l’individualisme naturaliste, à la fusion rapide et à l’entente féconde des deux principes, à une évolution plus ou moins marquée dans le sens même qu’ont indiqué depuis longtemps les artistes français, celui d’une observation directe, libre, personnelle, de la réalité comme fondement nécessaire de tout art vivant.


I

C’est toujours dans les salles de la Grande-Bretagne qu’on se sent le plus agréablement dépaysé. L’art anglais, mieux connu aujourd’hui, ne nous surprend plus sans doute par une de ces sensations aiguës et piquantes, comme celles que ressentirent nos grands-pères au Salon de 1824 et nos pères à l’Exposition de 1855. De la première rencontre avec les peintres britanniques est sortie notre école de paysage, de la seconde une rénovation de notre dilettantisme poétique. Depuis, les rapports entre les deux écoles sont devenus assez réguliers, et chacune y trouve son compte. Nous devons beaucoup à l’Angleterre : MM. Gustave Moreau, Puvis de Chavannes, Cazin, Besnard, entre autres, en savent bien quelque chose. L’Angleterre nous doit beaucoup aussi ; elle n’est nullement restée insensible à notre évolution : l’influence de MM. Meissonier et Gérôme, de Millet et de M. Jules Breton, s’y est fortement marquée en plus d’un endroit. Mais ce qu’il y a d’admirable dans ce tempérament anglais, si robuste et si personnel, ce qui nous en étonne et nous en réjouit, c’est la faculté