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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/109

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colonisé par elle, apportera, lui aussi, sa quote-part à l’actif de l’humanité. A l’heure actuelle, on ne saurait évaluera moins de 2 milliards le mouvement de son commerce annuel avec l’Europe. A en juger par les produits qu’il expose, par ce que l’on peut entrevoir de ses richesses intérieures, par ce qu’en disent et ce qu’en montrent les explorateurs, il semble vraisemblable que, dans un demi-siècle d’ici, l’Afrique sera, à l’Europe d’alors, ce qu’est, à l’Europe d’aujourd’hui, l’Amérique actuelle.


IV

La même instinctive prévoyance qui pousse les grands États européens à prendre, dès maintenant, position, et, devançant les événemens, à procéder à un hypothétique partage de l’Afrique, que bien des circonstances imprévues peuvent encore modifier, les attire à l’autre extrémité du monde, dans l’Océan-Pacifique. Là, ce n’est plus un continent à se répartir qui éveille leurs convoitises ; ce continent est pris, l’Angleterre le détient ; s’il lui échappe, ce sera pour affirmer son indépendance, pour revendiquer son incontestable prépondérance dans l’Océanie du sud, pour y devenir lui-même un vaste et puissant empire. Mais, en dehors de l’Australie, que d’îles verdoyantes et fertiles, que d’archipels aux richesses entrevues ! 40 millions d’habitans sur une superficie encore peu connue, mais qui, pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande seules, atteint 9 millions de kilomètres carrés, peuplent ces îles dont l’Exposition de 1889 nous révèle les productions multiples et que convoitent l’Angleterre et la France, les États-Unis et l’Allemagne.

Elles y ont pris pied et, solidement assises, attendent l’heure ; moins soucieuses de s’emparer de ces terres nouvelles que d’empêcher leurs rivales de les occuper : phase d’attente et de transition qui ne saurait longtemps durer, qu’une mainmise par l’une d’elles convertira promptement en annexions, en partages à l’amiable ou en luttes ouvertes. Déjà, en tous sens, s’exercent les influences avouées ou occultes, préliminaires obligés ; les escales navales se multiplient, chacune tenant à familiariser les Indigènes avec la vue de son pavillon, à les impressionner par le déploiement de ses forces, à les amener par ses missionnaires et ses trafiquans, par la persuasion morale ou l’appât du gain, à se déclarer ses cliens, en attendant de devenir ses protégés ou ses sujets. Chacune d’elles a sa pierre d’attente sur laquelle elle rêve d’édifier sa grandeur coloniale.

L’Angleterre occupe l’Australie et la Nouvelle-Zélande, les Fidjis et la Nouvelle-Guinée. La France a Tahiti, les Marquises et la