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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/951

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pressent, les mouvemens d’opinion qui les menacent, de tout sacrifier à la vanité de parti, à l’esprit de secte. Pourvu qu’ils retrouvent encore une majorité, quand ils en ont besoin, ils ne demandent rien de plus, c’est assez. Ils se croient bien nouveaux, ils ne le sont pas du tout. On les connaît, ou plutôt on les reconnaît, on les a vus plus d’une fois passer dans notre histoire : ce sont les « satisfaits » de tous les temps, de tous les régimes, surtout des régimes qui touchent à leur déclin. La monarchie de juillet a eu ses satisfaits qui n’écoutaient plus même le plus simple avertissement, qui ne furent jamais plus pénétrés de la supériorité de leur politique et du succès du régime qu’à la veille de la chute. L’empire a eu ses satisfaits, ses mamelouks ! La république d’aujourd’hui, cela n’est pas douteux, en est arrivée à avoir ses satisfaits qui n’admettent rien, qui finissent par avoir cette arrogance de ne pas même convenir qu’il a pu y avoir quelque faute, qu’il serait peut-être prudent, utile de s’arrêter. Leur objecte-t-on qu’ils ont pu gouverner un peu aventureusement la fortune du pays, qu’on me fait pas des finances avec des emprunts, des déficits mal déguisés et des prodigalités ? ce sont là des propos de frondeurs dangereux, d’adversaires de la république. M. le rapporteur du budget a l’art de transformer les déficits en équilibre, les emprunts en amortissement, les dépenses en économies. M. le ministre des finances Rouvier met son esprit et sa dextérité à démontrer que jamais les finances de la France n’ont été aussi prospères ! Leur fait-on observer que la politique scolaire poussée à l’excès épuise les finances, viole le droit des communes aussi bien que le droit des familles ? — Que dit-on là ? c’est une atteinte à la grande œuvre de la république, à la « pensée du règne ! » Ils sont satisfaits de tout, de leurs œuvres, de leur politique et surtout de leurs fautes. Il n’y a qu’un malheur, c’est que ce sont ces satisfaits qui ont perdu tous les régimes en les isolant au milieu d’un pays lassé et déçu qui leur échappe de toutes parts, qui, à la première occasion, par impatience ou par découragement, peut se laisser entraîner dans quelque aventure.

Oh ! sans doute, c’est là que les nouveaux satisfaits de la république triomphent. Ils savent ce que c’est que les révolutions et comment on les fait ; ils ne se laisseront pas aisément mettre en fiacre, ils se flattent de ne se soumettre ni de se démettre. Ils ont l’administration, la magistrature, la police, le budget, la force, les gendarmes, avec la manière de s’en servir : ils se défendront en prétendant défendre la république ! C’est possible ; on se flatte toujours de se défendre mieux que d’autres, jusqu’au jour où l’on est vaincu à son tour, sans s’en apercevoir, par ce qu’on avait le moins prévu. Ils se défendront, — et c’est là encore précisément que, avec leur vanité de parti, avec leurs prétentions, en se croyant plus habiles, plus résolus que tous les autres régimes, ils se montrent avec une sorte de naïveté dans leur faiblesse et