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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/916

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ministres de France, d’Angleterre, de Russie, de Hollande et des États-Unis, audience collective qui permettait à la cour d’expédier en une fois cette corvée diplomatique. Pendant cinq longs mois, on avait discuté sur le cérémonial. Tout ayant été réglé au moyen de concessions réciproques et après une répétition générale à laquelle il avait été procédé quelques jours avant l’audience, les ministres en grande tenue se rendirent à six heures du matin au Palais impérial, et, après avoir été introduits à sept heures et demie dans la salle d’audience, ils durent attendre jusqu’à huit heures un quart l’arrivée de Sa Majesté. Si grand que fût l’honneur, l’attente dut paraître quelque peu longue. L’empereur enfin parut, vêtu d’un costume fort simple, sans broderie aucune. Il s’accroupit, les jambes croisées, sur un trône de bois doré, garni de coussins jaunes, immobile et étonné. Le doyen du corps diplomatique lut l’adresse collective des ministres ; chaque ministre déposa sur une table jaune les lettres de créance de son souverain, l’empereur répondit par quelques mots que personne n’entendit ; total : sept ou huit minutes, et c’était fini. Les puissances européennes avaient correspondu, d’égal à égal, avec Sa Majesté l’empereur de Chine. — Les journaux, qui doivent avoir leurs reporters à Pékin comme ailleurs, ne nous ont pas appris que pareille cérémonie se soit fréquemment renouvelée, et il n’est pas probable que les ministres européens tiennent beaucoup à se costumer dès cinq heures du matin (heure peu confortable, même à Pékin) pour comparaître aussi sommairement devant l’empereur, majeur ou mineur, qui symbolise la suprématie du Céleste-Empire. Les affaires se traitent sérieusement et longuement au palais du Tsong-li-yamen, ministère des affaires étrangères, où les diplomates européens rencontrent des interlocuteurs subtils, patiens et lettrés, dont l’habileté leur donne souvent du fil à retordre et qui vont de pair (leurs dépêches l’ont plus d’une fois prouvé) avec les plus expérimentés de nos hommes d’Etat. Le Tsong-li-yamen, dont il est si souvent parlé dans les correspondances de Chine, est, d’ailleurs, un édifice très ordinaire, relégué dans une rue étroite et sale, fort simple à l’intérieur et peu digne de sa destination officielle. Faut-il voir là, comme on l’affirme, un calcul du gouvernement chinois, qui craindrait de se compromettre aux yeux du peuple s’il montrait plus d’égards pour les étrangers ? On doit reconnaître pourtant que, sauf dans les rares occasions déterminées par le code des rites ou par la coutume, les hauts fonctionnaires évitent la solennité, la pose et l’apparat extérieur. La simplicité leur est naturelle. Il se pourrait donc qu’il n’y eût aucune intention de dédain dans le choix qui a été fait de l’hôtel des affaires étrangères pour recevoir les diplomates