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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/914

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successivemont la Mongolie, le lac Kokonor, les montagnes du Thibet, il est mort à la peine, il y a deux ans, sur la route de Lassa, laissant un nom justement honoré dans les annales géographiques par d’importans travaux de topographie et d’histoire naturelle. La relation de son voyage en Mongolie et au pays des Tangoutes, publiée en 1877 dans le Tour du monde, justifie la réputation qu’il s’était acquise en Russie et dans toutes les académies de l’Europe. Attaché à une mission commerciale qui avait pour objet d’étudier les ressources des provinces intérieures ainsi que les routes les plus favorables pour les transports dans la direction de la Sibérie, le docteur Piassetsky traversa deux fois, en 1874-1875, la Mongolie et la Chine, d’abord de Kiakhta à Pékin, puis, au retour, de Shanghaï au poste de Saïssan, en remontant le Yang-tse-Kiang, la rivière Han, et en franchissant le désert de Gobi. Voyage très accidenté dont le récit, orné et complété par de nombreux dessins dus à l’habile crayon du docteur, figure naturellement dans la collection du Tour du monde. C’est bien la Chine, la Chine tout à fait intime et originale, fermée encore à tout contact européen, que les deux voyageurs russes ont observée et décrite avec le même sentiment d’estime et de bienveillance qui se rencontre dans les relations de la plupart des explorateurs ayant vu de près, non plus seulement les mandarins, mais encore les classes moyennes et inférieures de la population chinoise. Quant à la physionomie du pays, elle est bien telle que nous l’ont décrite ; il y a deux siècles, les jésuites admis à la cour de l’empereur Kang-hi : population très dense, cultures perfectionnées et très variées, fleuves et rivières roulant d’énormes volumes d’eau avec une multitude de bateaux affectés aux transports, à la pêche, ou à l’habitation, car une partie notable de la population chinoise vit sur l’eau, — des lacs, peu de montagnes, encore moins de forêts, la campagne étant, d’ailleurs, couverte de nombreux bouquets d’arbres qui abritent les villages et les petites fermes, — des villes très populeuses, se succédant à courtes distances, avec des murailles fortifiées, avec des tours et des pagodes, qui le plus souvent sont délabrées et tombent en ruines, — et, dans ce cadre, une nation vivant avec simplicité, pratiquant la vie de famille, fidèle aux mœurs et aux coutumes séculaires, docile aux lois et aux édits des mandarins, nullement fanatique, soit en politique, soit en religion, pourvue, dans toutes les classes, d’un suffisant degré d’instruction, et paraissant, en général, satisfaite. Si l’on passe d’une province à l’autre, et chaque province représente en étendue et en population un royaume de notre Europe, on saisit des nuances plutôt qu’on ne distingue des différences dans le caractère et dans les coutumes extérieures des