Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/901

Cette page n’a pas encore été corrigée


l’espace. Aucune vibration historique n’a porté plus loin ; les ondulations en atteindront jusqu’aux extrémités du monde. Pour n’en pas être touché, il faut, à tout le moins, une autre humanité, d’autres races, des cerveaux faits autrement que les nôtres. Transmis à des mondes extra-terrestres, à des planètes où habiteraient des êtres d’une structure mentale analogue à celle de l’homme, les principes de 1789 y feraient des révolutions. En ce sens, la Révolution française est la révolution par excellence ; elle contient virtuellement toutes les autres ; on n’en saurait imaginer dont elle ne porte le germe, lui ce sens aussi, elle est supérieure à la Renaissance et à la Réforme ; elle les dépasse, elle rayonne au-delà. Tandis que, par leur point de départ, la Renaissance et la Réforme n’avaient de prise que sur les peuples de civilisation classique et de religion chrétienne, la Révolution, n’en appelant qu’à la raison, peut atteindre tous les hommes qui se mêlent de raisonner.

« Comme ils sont universels, ses principes semblent immortels. N’est-il pas ridicule de leur accorder l’immortalité dont ils se vantent ? Peu importe : bons ou malfaisans, je ne vois pas comment les tuer. Je ne me les représente pas biffés de l’histoire. Je me figure que, pour conduire les hommes, il faudra les prendre comme enseigne, sinon comme programme. Quelque mal qu’en puisse penser un philosophe, ils resteront inscrits sur le frontispice changeant de nos constitutions politiques. Que la science en conteste la valeur, que la philosophie en montre les lacunes ou les contradictions, la Révolution est comme la religion : les démonstrations scientifiques ne l’entament point. Il perd son temps, le savant qui lui oppose les lois de la nature ; car, s’ils ne semblent pas toujours d’accord avec les lois de la nature, les principes de la Révolution sont conformes aux instincts naturels de l’homme, et c’est ce qui fait leur force. Ils se fondent sur ce qu’il y a de meilleur et de pire dans l’homme ; ils ont, pour eux, ses générosités et ses convoitises. N’allez pas dire au peuple qu’ils sont contraires aux lois de la nature, le peuple ne vous croirait pas : les lois que vous leur opposez sont des lois compliquées, obscures, aperçues par les savans dans le demi-jour de leur cabinet, difficiles à saisir ou malaisées à vérifier pour l’ignorant, tandis que la liberté et l’égalité sont des notions simples, qui répondent à des instincts vivaces, si bien qu’aujourd’hui, tout comme en 1789, elles semblent aux foules des vérités évidentes d’elles-mêmes.

« Ainsi s’explique comment, en dépit des avertissemens de la science ou de l’expérience, les principes de la Révolution pénètrent de plus en plus les sociétés modernes. Lois et constitutions, dans presque tous les Etats, se modifient dans le même sens. Partout on