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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/879

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Frédéric II, comme au temps de Hardenberg et de Humboldt ? N’est-ce pas ce qu’elle tente aujourd’hui, avec Bismarck et les Kathedersocialisten, au profit des masses ouvrières et du IVe état ? Car, à l’insu de nombre de Français, il s’ébauche paisiblement, dans l’Allemagne unifiée, une révolution sociale autrement importante pour l’avenir de l’humanité que l’émancipation du tiers-état effectuée en France. Si, Dii omen acertant ! la science et le génie y devaient échouer, l’Allemagne risquerait fort d’avoir son 1793, et alors, gare à l’Europe ! Elle pourrait Voir ce qu’est une révolution conduite méthodiquement, avec la solidité et la persévérance germanique. Heine vous en a avertis, quoiqu’il ne fût qu’un petit juif à demi francisé : devant une révolution allemande, la révolution française ne serait qu’un jeu de pygmées ! »

Après l’Allemand, vint un Italien, le commandeur R.., député au parlement, avocat en renom, jurisconsulte d’autorité ; sa parole était chaude, colorée, non sans quelque emphase méridionale. « Depuis 1789, les Italiens ont, eux aussi, parcouru bien du chemin, et ils reconnaissent volontiers que la révolution française leur a aplani la route. La principale conséquence de la Révolution, ce qui en fait un événement européen, c’est le risorgimento et la reconstitution des nationalités modernes. Ce sera là surtout son titre dans l’histoire. La Révolution a été la trompette qui a sonné le réveil des nationalités. Est-ce à dire qu’elle nous ait vraiment ressuscites, que sans elle l’Italie fût restée à jamais au sépulcre ? Nullement. Pour être au tombeau depuis des siècles, l’Italie n’était pas morte ; elle respirait encore sous la lourde et double pierre de la domination étrangère et de l’absolutisme clérical. La Révolution française n’a pas créé le sentiment national italien ; elle a facilité la réalisation de l’idéal national, idéal qui, bien qu’obscurci, lui était antérieur. M. Crispi l’a dit : c’est, en nous, que nous avons trouvé le germe de notre régénération. Qui a donné à l’Italie la conscience d’elle-même ? Ce n’est ni la révolution qui nous découpait en minces republichette, ainsi que les tranches d’un gâteau de Savoie ; ni l’empire qui semblait ne Voir dans l’Italie qu’une riche étoffe à tailler des manteaux royaux. L’idée de l’indépendance, l’idée de l’unité, sont aussi anciennes, chez elle, que la servitude et le morcellement. Dante et Pétrarque en ont été les prophètes. Machiavel, à la fin d’il Principe, semble prédire Garibaldi et décrire l’entrée de Victor-Emmanuel dans les villes qui s’ouvrent au nom de l’Italie. Nous sommes la plus ancienne nationalité de l’Europe. Il y avait une Italie, alors qu’il y avait à peine une France. Elle existait dans la tête de ses penseurs et dans le cœur de ses poètes, avant que