Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/864

Cette page n’a pas encore été corrigée


Le 10 juin 1790, Anacharsis Clootz conduisait à la Constituante une ambassade du genre humain où figuraient, derrière le baron allemand, des Polonais, des Espagnols, des Hollandais, des Grecs, des Persans, des Arabes, des Turcs en turban, un Chinois à longue queue, un Chaldéen costumé en astrologue, la plupart loués à 12 francs par tête pour représenter les peuples esclaves des tyrans. A cette solennelle députation de l’humanité, les constituans, présidés par Sieyès, votaient les honneurs de la séance. Pour eux, ce qui nous semble une mascarade était une pompe symbolique de la mission de la Révolution appelée à renouveler le monde. Tous alors, constitutionnels ou jacobins, croyaient bien travailler pour l’humanité. On leur eût annoncé que la France célébrerait le Centenaire de 1789 par une exposition à laquelle l’univers serait convié, aucun ne s’en fût étonné. Ils auraient vu en imagination le Turc et le Chaldéen d’Anacharsis Clootz, régénérés par les grands principes, se joindre aux peuples de l’Europe pour fêter l’avènement de la Liberté et de la Raison. Une chose seulement les eût surpris, c’eût été d’apprendre que la plupart des gouvernemens devaient refuser de s’associer à la célébration du Centenaire. Ils eussent eu peine à le croire : ils n’imaginaient point que, pour transformer le monde, la Révolution pût avoir besoin d’un siècle.