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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/858

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Lorsque le gouvernement assigna aux Peaux-Rouges le Territoire Indien, il leur donna en outre, au nord de ce domaine, un vaste terrain de chasse que les indigènes ne tardèrent pas à dépeupler. Notons, en passant, que jamais la frontière qui sépare ce pays de chasse de l’État du Kansas n’a été bien définie. On ne prit pas la peine de la jalonner exactement dès le principe, parce que la terre de cette région n’a que peu de valeur. Elle n’est d’ailleurs habitée que par quelques squatters, d’où son nom de No Man’s Land.

Plus tard, une compagnie de chemin de fer proposa de traverser le Territoire pour aller à Santa-Fé (Nouveau-Mexique), se contentant du droit de passage sur les réserves indiennes, sans demander (contrairement à la coutume établie) aucune concession de terrain le long de la voie.

L’autorisation fut accordée ; mais la compagnie fit faillite, après avoir jalonné la ligne. Les agens chargés de ce travail remarquèrent la richesse et la fertilité d’une partie de ces terrains : ce fut le commencement des compétitions.

L’Américain, aventureux par instinct, hardi dans ses conceptions, travailleur infatigable, sans cesse à la recherche d’un milieu où son activité puisse se donner libre carrière, vit dans un état perpétuel d’agitation. Les villes lui offrent les combinaisons financières avec des alternatives variées de fortunes soudaines et de krachs formidables. Dans l’intérieur des Etats, les défrichemens et les spéculations de terrains lui présentent le même attrait inéluctable.

D’ailleurs, depuis quelques années, une multitude de gens cherchent fortune à l’ouest du 100e méridien. Ces colons nomades, en quête d’un home, désignés dans le pays sous le nom de movers, cherchèrent à envahir les terres libres du territoire. Des groupes de spéculateurs et de colons s’associèrent même dans le dessein avoué de s’approprier ces enclaves sans habitans et sans maître. D’autre part, la compagnie du chemin de fer qui, depuis peu, traverse le pays du nord au sud, ne cherchait qu’à mettre en valeur sa concession, et, par suite, qu’à attirer l’émigration de ce côté.

Vers 1877, un aventurier nommé David Payne, cherchant un moyen de faire ouvrir le Territoire Indien à la colonisation, découvrit qu’une bande de terrain, située au cœur de cette grande réserve et mesurant environ 2 millions d’acres, avait été cédée par les Séminoles aux États-Unis (traité du 21 mars 1866). Aussitôt, il songea à prendre possession de cette terre qui s’enfonce comme un coin dans le territoire indien, et dont la colonisation paraissait devoir faciliter la conquête du refuge des cinq tribus civilisées. Il n’eut pas de peine à s’assurer l’aide des movers et se mit en