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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/842

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Partagée entre la chasse et la culture du maïs, leur confédération puissante, disséminée de l’Atlantique à l’Ohio et des monts Alleghanys aux bords du Saint-Laurent, occupait le territoire où se dressent aujourd’hui Boston, New-York, Philadelphie, Baltimore et Washington. Vantant avec fierté leurs institutions, ils s’appelaient eux-mêmes Onguehonwe, hommes supérieurs. Refoulée depuis par les blancs, cette ligue, restée si longtemps la terreur de New-York, se retira au bord des Grands-Lacs. En 1850, les Iroquois n’étaient plus que 6,000.

William Penn, le quaker illustre, ce législateur de la Pensylvanie que Montesquieu appelle le Lycurgue moderne, traita les Indiens avec humanité. Suivant l’exemple des colons hollandais, ses prédécesseurs sur le nouveau continent, il conclut un traité avec les chefs peaux-rouges d’alentour. Cette scène toute pacifique eut lieu sous un orme colossal, auprès de l’endroit où Penn jeta les fondemens de Philadelphie.

A cette époque, les sauvages désignaient sous le nom de Yankees (par corruption du mot English) ces nouveaux-venus, que, plus tard, ils devaient nommer Long-knives (longs couteaux), appellation beaucoup plus significative, image des combats sanglans livrés entre les pionniers blancs et les hommes rouges. Hâtons-nous d’ailleurs de le déclarer : on serait fort en peine de décider si les sauvages ouvrirent les hostilités ou s’ils furent eux-mêmes en butte, les premiers, aux mauvais traitemens des Européens. Pourtant, les blancs assumèrent, dès le principe, de lourdes responsabilités [1].

Citer à l’appui de cette assertion de nombreux témoignages historiques serait chose facile. Nous ne donnerons qu’un exemple : dans les premières années du XVIe siècle, trois bâtimens en quête de travailleurs pour les mines d’Hispaniola (Saint-Domingue) mouillent un jour sur la côte de la Caroline, où erraient les Chicoréans. Les équipages descendent à terre, donnent aux sauvages de l’eau-de-vie et les attirent à bord, en grand nombre. Puis, la flottille appareille et les jette sur la côte de Saint-Domingue, malgré leurs cris et leurs supplications. Les Hispano-Américains semblent posséder le monopole de ces exécutions sommaires, si conformes à leurs intérêts : il n’y a pas plus de vingt-cinq ans, les Péruviens employèrent le même procédé à l’égard des Maoris de l’île de Pâques.

Tant que les Anglais restèrent sur le littoral, occupés à l’installation de leur commerce et à l’organisation de leur nouvelle

  1. On compte, pendant l’année 1887, 196 crimes commis par les blancs contre les Indiens.