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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/840

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où la température s’élevait d’autant plus que l’exode se rapprochait davantage de l’équateur.

On s’arrêta d’autant moins sur la pente de l’hypothèse, que le chevalier Boturini retrouva une ancienne carte indienne qui retraçait la marche des émigrans. D’après les indications de ce document, on crut pouvoir supputer l’époque à laquelle ces peuplades quittèrent le « pays des Cavernes. » On plaça cette date à peu près à l’an 1000, au temps où un souffle d’enthousiasme poussait aussi vers l’Orient les multitudes européennes du moyen âge. D’après la même carte, on conjecture que ces peuplades atteignirent, deux siècles après, la partie méridionale de la vallée mississipienne, où le gouvernement fédéral tolère encore la présence des plus civilisés de leurs descendans.

M. Maury, l’illustre directeur de l’Observatoire nautique du Washington, qui, le premier, commença l’étude méthodique des vents et des courans des mers du globe et en dressa des cartes suivant les saisons, examina la première partie de cette hypothèse au point de vue purement technique : « vraisemblables, dit-il, sont les traditions qui font traverser le détroit de Behring aux ancêtres des Indiens. Ce voyage peut non-seulement s’effectuer en quelques heures par ce passage resserré, mais aussi par l’archipel aléoutien, dont les îles nombreuses semblent faciliter encore davantage la communication. Plusieurs fois on a vu des indigènes naviguer sur leurs pirogues d’un continent à l’autre. »

Le bassin du Mississipi, ce rendez-vous des premiers émigrans, l’un des plus vastes du monde, présente des dispositions qui, d’avance, le désignaient à l’habitat des nouveaux-venus. Chateaubriand appelait « Père des fleuves » (Meschacébé) le magnifique cours d’eau qui opère le drainage de ce bassin sur un parcours de 5.100 kilomètres, et qui coule vers le Sud (tout indiqué par conséquent pour guider une migration), à travers des plaines d’une incroyable fertilité, depuis la région des Grands-Lacs jusqu’au golfe du Mexique, dans une vallée où il reçoit plus de cent affluens.

En examinant les croyances de ces peuples, on se demanda si elles n’avaient pas quelque rapport avec les théogonies asiatiques, notamment avec la doctrine de Zoroastre. Les Peaux-Rouges non encore fixés au sol et réfractaires à l’enseignement de la doctrine évangélique admettent l’existence d’un Grand-Esprit, fort au-dessus des misères de l’humanité, trop puissant peut-être pour s’en préoccuper. Ils ne lui élèvent point de temples ; ils ne lui dressent aucun autel ; ils ne sculptent point son image dans le bois ou la pierre, se contentant de brûler des feuilles de tabac en son