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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/825

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M. de Treitschke révèle l’esprit exclusif qui le domine, et son opposition absolue avec le chanoine Janssen. Cette date de 1521, flétrie par M. Janssen comme la plus néfaste de l’histoire d’Allemagne, car elle marque le commencement de la réforme, l’arrêt du magnifique épanouissement de l’empire à la fin du moyen âge, la destruction d’une civilisation en plein essor, la barbarie et l’impuissance, les lavages et la ruine, pour plusieurs siècles, le déchirement définitif de la conscience d’un grand peuple en deux confessions, cette date de 1521, et non celle de 1789, est saluée par M. de Treitschke comme l’aurore de l’humanité moderne. Luther est le premier héros qu’il faut vénérer. Ce que serait devenue l’Allemagne, si le catholicisme avait duré, la corruption des anciennes cours ecclésiastiques, l’affaiblissement moral, intellectuel, politique de l’Autriche le disent assez. Le protestantisme, au contraire, a été pour l’Allemagne du Nord un principe de régénération. Son influence s’est exercée tout d’abord à purifier la morale : il a transporté le centre du monde dans la conscience individuelle, et placé l’idée du devoir au-dessus de toutes les autres. Cette atmosphère de vérité se fait sentir jusque chez les catholiques allemands parmi lesquels le péché mortel d’hypocrisie est une exception rare. C’est un jésuite allemand, le père Busenbaum, qui a gauchement révélé les secrets de son ordre. La liberté de conscience, la tolérance même, qui étaient l’âme cachée dans l’œuvre de Luther, se sont de plus en plus développées. C’est à la réforme que la littérature allemande doit d’être à la fois pieuse et libre, de s’être protégée de la raillerie voltairienne : le niveau élevé de la culture protestante se retrouve jusque dans le catholicisme allemand. En brisant l’unité visible et fermée du moyen âge, ce n’est pas seulement la conscience, l’art et la science, c’est l’État que la réforme a délivré de la tutelle de l’église. La sécularisation a été son œuvre maîtresse.

L’Etat prussien, la seconde force régénératrice de l’Allemagne, ne se peut séparer du protestantisme, il est eu quelque sorte né avec lui. C’est à l’hégémonie protestante que la Prusse a toujours rattaché ses prétentions. La Prusse a grandi contre Rome. Jamais l’église romaine n’a pu bâtir sur le sol sablonneux des Marches. Son spiritualisme sensuel est resté sans attrait pour ces durs caractères du Nord, voués sous leur climat rigoureux, dans leur pays pauvre, aux frontières ouvertes, à la poursuite non de la jouissance, mais de la force guerrière. Sa puissance est duc non à la fortune, non à des accès d’enthousiasme, mais à une longue préparation au travail assidu de chaque jour, elle est l’œuvre de ses rois. Ces princes probes, économes, familiers avec les dures