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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/711

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 mai.

Bien habile serait assurément celui qui porterait du regard les obscurités de notre état politique, et on pourrait ajouter de l’état politique de l’Europe. Bien fin qui verrait clair dans toutes les contradictions et les confusions du temps, qui pourrait dire ce qui se prépare un peu partout, dans notre pays d’abord, — ce qui arrivera au lendemain de cette éblouissante exposition dont le succès reste la grande affaire du jour, l’attrait universel, sans être une solution.

Nos chambres, il est vrai, ont repris leurs travaux au Luxembourg comme au palais Bourbon ; elles ont retrouvé la parole après un mois de silence, et elles se sont remises à discuter. Elles discutent même beaucoup et sur la loi militaire et sur le budget et sur toute sorte de lois qu’elles ont laissé traîner depuis des années, qu’elles se hâtent d’expédier aujourd’hui au pas de course ; mais on sent que le bruit de ces discussions s’éteint dans le vide, que ce que font et disent nos chambres ne répond plus à la réalité, qu’il se forme par degrés une situation passablement obscure encore sans doute, pourtant assez nouvelle. On sent qu’il y a des combinaisons épuisées, des programmes percés à jour, des déclamations qui laissent l’opinion sceptique ou indifférente, une politique qui est au bout de son règne, dont les représentans, usés dans l’action, vont jouer leur dernière partie, ce qui arrivera d’ici à quelques mois, aux élections prochaines, ce que produira réellement le scrutin inévitable d’où doit sortir une assemblée nouvelle, on ne peut pas le savoir encore ni même le prévoir par approximation : ce ne sera peut-être pas beaucoup mieux, à en juger par la confusion des idées, ce sera dans tous les cas autre chose. Pour le moment, ce qui est bien clair, c’est qu’avec cette session, il y a une ère qui s’achève, c’est qu’à l’abri de l’exposition et des fêtes dont Paris retentit, tout se prépare et s’organise pour l’énigmatique drame électoral.