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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/710

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ceux qu’il avait rêvés : Mlle Sibyl Sanderson, d’abord. Le joli nom et la jolie créature ! Dans le pays où elle est née, comme cette autre Américaine dont parle Musset :

Jamais deux yeux plus beaux n’ont du ciel le plus pur
Sondé la profondeur et réfléchi l’azur.

Il fallait cette pureté de regard, cette ingénuité chaste pour atténuer le rôle un peu vif d’Esclarmonde. Le talent de Mlle Sanderson consiste surtout dans une grâce naturelle, dans une intelligence qui préserve l’actrice et la chanteuse des gestes maladroits et de l’expression fausse. La voix est un peu mince, surtout dans le médium, mais exceptionnellement haute, capable de donner au besoin et même plus que de besoin, des notes suraiguës, contre-mi, contre-fa, contre-sol, toutes aussi prodigieuses que peu agréables. Il y a dans Esclarmonde deux nouveaux instrumens à notes extrêmes ; l’un en bas, c’est, m’a-t-on dit, un sarussophone ; l’autre en haut, c’est la voix de Mlle Sanderson. — Mlle Nardi, qui n’a que quelques phrases à dire, ne les dit ni à la cave ni au grenier, mais entre les deux, et très bien, d’une voix naturelle et timbrée ; elle a du style, du goût et de la physionomie. — M. Gibert a la voix un peu vulgaire ; il a presque bien chanté certains passages, notamment le dernier acte ; il ne pousse pas encore ses notes avec autant de furie que la plupart des ténors, mais, hélas ! il y arrivera.


CAMILLE BELLAIGUE.