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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/690

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Un écrivain allemand, qui a cru bien faire en gardant l’anonyme, mais dont le style et les opinions ressemblent prodigieusement à la façon d’écrire et de penser de M. Max Nordau, auteur des Mensonges conventionnels de notre civilisation, vient de publier un livre intitulé : l’Age des machines. Il va sans dire que cet âge est le nôtre. L’auteur anonyme se flatte de savoir comment la postérité nous jugera, et ce n’est pas lui-même qui porte la parole. Par une fiction aussi hardie qu’ingénieuse, il suppose un conférencier du XXXe" siècle de notre ère expliquant à ses auditeurs tantôt charmés, tantôt scandalisés, ce qu’étaient les hommes de la fin du XIXe siècle, en quoi ils surpassaient leurs grands-pères et toute l’humanité qui les avait précédés, en quoi ils étaient inférieurs à leurs arrière-petits-fils et plus encore au premier quidam venu du XXXe siècle [1].

Il est difficile de savoir ce que sera le monde dans mille ans d’ici et ce qu’il pensera de nous. Faute de mieux, l’auteur anonyme s’est tiré d’affaire en prêtant gratuitement à son conférencier ses propres opinions, ses antipathies et ses préférences, ses goûts et ses dégoûts, et c’est un Max Nordau du XXXe siècle qu’il fait parler. Or son opinion personnelle est que notre siècle, admirable en beaucoup de choses, est en beaucoup d’autres, plus étonnant qu’admirable.

Il vante les merveilles accomplies de nos jours par la science, nos inventions, nos industries, la civilisation nouvelle dont nous aurons-eu la gloire de doter l’univers. Mais il s’indigne que des hommes si inventifs et si savans aient gardé, par une contradiction

  1. Das Maschinenalter, Zukunfovorlesungen über unsere Zeit, von Jemand. Zürich, 1889.Verlags-Magazin).