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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/671

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quelquefois lassé du romanesque ou de l’héroïque, du tendre ou du passionné, si l’on éprouvait le besoin de se détendre et de rire, après avoir pleuré sur les infortunes de tant de grandes princesses, on se divertissait au Virgile travesti, de ce « fiacre de Scarron » ou bien encore à la Rome ridicule, du sieur de Saint-Amant. C’est dommage que nous n’ayons pas son Poème de la Lune, « celui qu’il porta à la cour, » nous dit Boileau dans une note, et « où il louait le roi, surtout de savoir bien nager. » Enfin, au-dessus d’eux tous, avec son poème qui venait de paraître, en 1656, et dont les meilleurs juges ne pensaient pas moins de bien que l’auteur, s’élevait de toute la tête le « premier poète héroïque du monde, » l’auteur de la Pucelle, ce Chapelain,

… Puisqu’il faut l’appeler par son nom,

à qui Colbert, sur la désignation de l’opinion publique, allait bientôt confier la surintendance des lettres, si l’on peut ainsi dire, et la « feuille » des bienfaits du roi. On jugera de l’effet des Satires par celui que, produisent aujourd’hui tous ces noms, dont même l’on remarquera que, s’ils sont arrivés jusqu’à nous, c’est parce que Boileau les a jadis nichés dans un coin de ses vers. Il n’y a rien de plus décrié, ni de plus ridicule ; — et c’est à peu près ainsi que, sans les Provinciales, quelle mémoire conserverait encore les noms d’Escobar ou du père Bauny ? Les victimes de Boileau, comme celles de Pascal, leur doivent et ne doivent qu’à eux d’être devenues immortelles comme eux.

J’insiste sur cette comparaison : d’abord, parce que je n’en saurais faire qui soit plus agréable à Boileau dans sa tombe ; et puis, parce que le service que rendirent les Satires n’est comparable en effet qu’à celui que nous devons aux Provinciales. Bien plus, il est le même ! Lorsque les Provinciales parurent, la prose française hésitait entre deux directions, l’une que lui indiquait, l’exemple du succès de Balzac, de ses Lettres, de son Prince, de son Socrate chrétien, — où d’ailleurs il y a d’assez belles choses, des choses bien dites, d’harmonieuses cadences ; — l’autre que lui montrait voiture, et dans laquelle peut-être elle était engagée plus avant. Mais les Provinciales lui en ouvrirent une troisième, et la bonne, ou la seule, celle dont aucun écrivain ne s’est depuis lors écarté qu’au détriment du naturel et de la vérité. Pareillement les Satires. Certes, ou avait fait de beaux vers avant Boileau ; on en avait fait de plus beaux qu’il n’en devait jamais faire. On en avait fait de charmans, dont aucun des siens ne devait jamais approcher pour la grâce, pour le charme, pour la volupté : Ronsard et