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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/650

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M. Benjamin Constant, est exécuté dans une gamme rose et tendre, avec une délicatesse lumineuse à laquelle ce coloriste puissant, mais rude, ne nous avait pas accoutumés. On constate le même assouplissement de facture dans sa grande toile, la Mort du Cheik. M. Jules Breton nous peint sa fille, Mme Dumont-Breton, avec l’âme émue d’un père. Un portrait de vieille dame, vêtue de noir, assise dans son appartement, par M. Baschet, se présente avec une dignité et une bienveillance parfaites. Nous regrettons de ne pouvoir nous arrêter devant quelques autres encore, ceux qui portent les noms de MM. Delaunay. Jules Lefebvre, Cormon, Fantin-Latour, J. Gigoux, Bordes, Edouard Fournier, Daudin, Doucet, Debat-Ponsan, Mengin, Machard et de quelques étrangers. Mlle Bilinska et Breslau. M. Carter, etc. Comme réunions de portraits, le Claude Bernard entouré de ses élèves, par M. Lhermitte, et le Journal des Débats, par M. Béraud, l’un de grande dimension, l’autre un petit cadre, sont deux œuvres soignées et curieuses où l’on retrouve toutes les qualités connues de leurs auteurs.


III

Si l’on peut concevoir quelques inquiétudes touchant l’avenir réservé à la peinture historique et décorative, qui procède à la fois de l’imagination et de la science, on n’a pas les mêmes craintes à ressentir pour tous les genres de peinture qui procèdent plus spécialement de l’observation et qui exigent une préparation moins complexe, tels que le paysage, les scènes de la vie populaire, bourgeoise ou mondaine, et, en général, toutes les représentations des réalités contemporaines. C’est de ce côté qu’entraîné depuis une trentaine d’années par les paysagistes et par les peintres rustiques, Millet, Courbet, Jules Breton, s’en va résolument le goût public. C’est aussi sur ce point, si l’on comparait le Salon de 1789 et celui de 1889, qu’on trouverait les plus grands progrès accomplis. Il n’y a aucune comparaison à faire entre cet art timide, méticuleux et ingénieux, qu’on appelait autrefois la peinture de genre, et cet art varié, hardi, ému, simple et synthétique, du naturalisme contemporain, tel qu’on le comprend aujourd’hui à la façon des grands Hollandais. La fréquence des expositions a d’ailleurs eu au moins cet avantage de former les yeux du public, comme la fréquence des auditions musicales a formé son oreille, en sorte qu’un point important reste bien entendu, à l’heure présente, entre les peintres et les amateurs : c’est que les peintres, quelque sujet qu’ils traitent, doivent avant tout faire de bonne peinture.