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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 avril.

Plus que jamais, c’est donc une fatalité, nous voici rentrés dans les hasards, les incohérences et les agitations factices, dans le fouillis de ce triste imbroglio qui s’appelle la politique du jour. A dire vrai, on n’en était guère sorti ; tout au plus pouvait-on, pour un instant, avec quelque illusion, croire à une trêve qu’on désirait. Nous voici plus que jamais engagés à outrance dans cette voie où toutes les idées sont confondues et toutes les passions déchaînées, où les partis croient faire oublier par des violences les fautes qu’ils ont commises, et où le gouvernement lui-même ne trouve rien de mieux que d’imiter ce conspirateur qui se prétendait obligé de suivre ses complices puisqu’il était leur chef.

Certes, ce ministère qui a pris les affaires il y a quelques semaines n’avait rien de particulièrement brillant ; il ne portait pas au pouvoir un prestige bien imposant. Pourtant on pouvait croire qu’il arrivait avec la pensée simple et modeste de mettre pour le moment de côté les questions oiseuses ou irritantes, d’assurer à tout événement l’avenir par le vote du budget, de tourner enfin les esprits vers l’Exposition, — et ce qu’il y a de plus curieux, c’est qu’il en avait vraisemblablement l’intention. Malheureusement, il avait compté sans les excitations des partis et ses propres effaremens, sans l’obsession du fantôme boulangiste et la peur de paraître faible devant l’ennemi, sans les incidens et les surprises. Il a été lui-même entraîné. Il a voulu être le premier à l’action, sans calculer les difficultés qu’il allait rencontrer, sans prévoir les pièges où il pouvait tomber. Frapper fort et vite, c’était l’essentiel ! Et voilà comment tout s’est rapidement compliqué et aggravé ; voilà comment on s’est trouvé aveuglément jeté