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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/947

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l’exercer. Et je prétends que c’est la France ancienne, simplement régularisée et rendue plus libre en son jeu, que je fais renaître. »

On s’attend à ce qu’il dise cela, ou bien à peu près ; car il le dit quand il se tourne vers le passé, qu’il admire. Mais quand il considère le présent ou l’avenir, il ne le dit pas le moins du monde. Alors il devient pur despotiste, ou du moins, entre le despotiste et lui, je ne vois guère de différence. Il ne veut pas de parlement périodique ; il ne veut pas de magistrature autonome ; il ne veut pas de la charte, et qu’est-ce que la charte, en son fond et en son principe, que l’ancienne constitution française écrite enfin, et devenue loi connue, non plus obscure et mystérieuse, de l’Etat ? Il ne veut pas de liberté de conscience, et je reconnais que la liberté de conscience n’était pas loi fondamentale de l’ancienne France. Encore est-il que pendant près d’un siècle elle avait existé en fait et en droit, consacrée par un édit solennel, et n’avait été détruite, contre possession et droit, que par un véritable coup d’état. Il ne parle nullement, pour ce qui est du présent et de l’avenir, de libertés locales et de décentralisation administrative ; et ces libertés individuelles conférées à l’homme par sa fonction qu’il possède « à titre d’office, » ce n’est aussi que dans le passe qu’il les révère. On ne voit pas qu’il désire les voir revivre. Non ! son idéal pour le présent, c’est bien « Louis XVIII couché dans le lit de Napoléon ; » c’est bien un pur souverain absolu. En vérité, il n’est pas assez réactionnaire. Il ne l’est pas assez pour vouloir la France aussi libre, ou capable de le facilement devenir, qu’elle l’était avant 1789. La France telle que l’a faite la convention et perfectionnée l’empire, pourvu qu’elle soit aux mains d’un Bourbon, lui convient très bien. Veut-on une preuve assez piquante ? Il ne déteste pas assez Napoléon ; et c’est la pierre de touche à connaître un despotiste d’avec un libéral, même très timoré. Son petit article sur Bonaparte [1] est très aimable. L’abolition du tribunal, les députés silencieux, le Sénat sans pouvoir, sont des institutions impériales pour lesquelles il n’a que des éloges ; et ceux à qui il réserve ses colères, ce sont ceux qui en établissant, ou voulant établir, une monarchie parlementaire, ont tenté « d’affermir la révolution sur la base de la légitimité. » Mais, d’après les idées mêmes de Bonald sur l’ancien régime et la révolution, la « monarchie selon la charte » n’est point, ce semble, la monarchie scion la révolution, mais bien la monarchie selon l’ancien régime compris en son vrai esprit. Un monarchiste de 1815 peut, et, sur

  1. Observations sur les Considérations de Mme de Staël et sur la Révolution française, VII.