Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/926

Cette page n’a pas encore été corrigée


capricieusement, indéfiniment, vous trouverez toujours les mêmes solutions, parce qu’il n’y a qu’une loi de constitution dans le monde, et que, pour mieux dire, le monde est un fait unique.

A quoi sert ce que je me permettrai d’appeler cette fureur subtile de réduction à l’unité ? A montrer aux hommes, à forcer les hommes d’avouer, sous la pression contraignante que l’analogie exerce d’ordinaire sur les esprits, que la monarchie est le vrai. C’est le but évident de tous les tours de force dialectiques de Bonald. L’univers est monarchique, voilà la grande vérité à établir. Quand elle éclatera, un gouvernement non monarchique paraîtra une infraction aux lois naturelles, comme serait un corps qui ne graviterait pas. Prouver que tout gouvernement non monarchique est un monstre, voilà le but. La place que le gouvernement occupe dans le système, et comme dans la hiérarchie des choses organisées, est à souhait, du reste, pour le raisonnement. Entre les puissances invisibles qui sont là-haut et les organisations particulières que nous sommes, ou que nous formons, le gouvernement est là, suspendu. Que doit-il être ? S’il est prouvé que le gouvernement de la Divinité sur le monde est monarchique, que la famille est monarchique, que l’homme est une monarchie, ne faudra-t-il pas conclure que l’état doit être monarchique, sous peine d’être quelque chose d’étrange, d’artificiel, de contre-nature plutôt, qui prétend remplir une place non dessinée pour lui et où il ne s’ajuste pas ? Faire trembler les hommes sur l’immense et scandaleuse audace qu’il y a, en touchant à la monarchie, à vouloir renverser l’ordre du monde, faire réfléchir les hommes sur l’impossibilité, aussi, qu’il y a à changer un rouage qui tient au système du monde entier, leur persuader que c’est à la « nature des choses » qu’ils s’attaquent en s’attaquant à la monarchie, tel est le but constant et l’effort obstiné de Bonald.

La « nature des choses » est, en effet, son mot favori, et comme son refrain. « Les lois sont les rapports nécessaires qui résultent de la nature des choses, » cette phrase de Montesquieu a été son delenda est ; et ce qu’il a prétendu toute sa vie, c’est retrouver cette nature des choses et les rapports nécessaires (il répète cent fois le mot et le souligne avec une sorte d’entêtement) qui en résulte. Montesquieu, il le remarque, et sa remarque est parfaitement juste, après avoir posé cet axiome, ne s’y est pas tenu le moins du monde. Après avoir promis par cette première phrase et le chapitre qui la suit une sociologie systématique, il a été surtout un critique sociologue ; il s’est placé tour à tour en face de chaque constitution, ou, bien plutôt, en face de chaque complexion et tempérament social, et il a dit, de celui-ci et de celui-là, quelle était la force intime, le vice caché aussi, et les ressources possibles contre ce