Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/922

Cette page n’a pas encore été corrigée


comme un appel. La tentation était excellente. Toutes les fois qu’on le voit écrire que le secret de la destinée de l’homme est dans son cœur, que qui saurait définir l’homme aurait la clef de toutes les choses, que la notion du devoir humain est l’étude unique et que tout le reste n’est que ce monde d’images qui passent, on se surprend à lui crier : « Bravo ! » Eh ! sans doute ! après le XVIIIe siècle ; qui a passé son temps à regarder par la fenêtre, qui a fait tant d’histoire naturelle, de relations de voyages, d’histoire anecdotique, de mémoires mondains, de romans et de systèmes politiques, cette dernière catégorie d’études rentrant dans la précédente, et qui s’est désaccoutumé avec tant de soin, et non sans plaisir, de réfléchir sur l’homme et d’essayer de le voir tel qu’il est, sans doute, reprendre la tâche de Pascal est la vraie tâche, et utile peut-être, et, à coup sûr originale, et digne d’un penseur, et qui doit tenter un chrétien. — Et sans doute encore, lorsque les restaurateurs de la pensée chrétienne et du système monarchique sont un Chateaubriand qui fait du christianisme un chapitre d’esthétique, et un de Maistre, si éblouissant, mais trop spirituel pour convaincre, et trop insolent pour persuader, le moment est à merveille, à un penseur grave, pour tirer d’une forte et profonde morale une politique tout entière et une démonstration de la religion qu’il croit la vraie. Puisque vous êtes monarchiste, montrez-nous, comme Bossuet, mais plus explicitement, et avec des argumens nouveaux qu’une histoire récente ne contribuera pas pour peu à vous fournir, que le droit du roi est dans l’intérêt que les hommes ont d’en avoir un pour mettre un frein aux passions violentes, et que, « étant devenus intraitables par la violence de leurs passions, ils ne peuvent être unis à moins que de se soumettre tous ensemble à un même gouvernement qui les règle tous. » Puisque vous êtes chrétien, montrez-nous, comme Pascal, et avec combien de vues nouvelles et d’aperçus, que vous pourrez trouver jusque dans Rousseau, que le christianisme est le vrai parce qu’il résout les contradictions et concilie les discordances de notre nature, ou, tout au moins, parce qu’il n’est philosophe sur la terre qui les ait connues et scrutées jusqu’en leur fond mieux que lui. Et, en tout cas, soyez cet homme nouveau en France, et inattendu, et tel qu’un siècle a passé sans en montrer un, qui étudie les sentimens humains, qui les interroge, qui se demande ce qu’ils signifient, ce qu’ils supposent, ce qu’ils comportent, et qui se hasarde à répondre. Quel divertissement et quel soulagement, rien qu’à cette direction et tournure nouvelle d’esprit, on trouverait tout de suite des systèmes abstraits, des théories ambitieuses, des constructions sans fondemens, et des psychomachies retentissantes !

Mais un moraliste est un homme bien patient, et les allures sont