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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/919

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« Je n’ai rien pensé que vous ne l’ayez écrit ; je n’ai rien écrit que vous ne l’ayez pensé, » mandait Joseph de Maistre au vicomte de Bonald, et celui-ci écrivait en marge : « L’assertion, si flatteuse pour moi, souffre cependant, de part et d’autre, quelques exceptions. » — Elle en souffre tant qu’elle les souffre toutes, et si ces deux hommes se croient d’accord, c’est qu’ils se rencontrent, et encore à peine, aux mêmes conclusions, sans du reste y arriver jamais par les mêmes chemins. Il n’y a peut-être pas deux esprits concluant dans le même sens en pensant si différemment. Leurs natures intellectuelles sont opposées. L’un est un pessimiste, et c’est du pessimisme même, de l’existence du mal, augmenté du reste et exagéré à plaisir par lui, qu’il tire une conclusion déiste et chrétienne. L’autre est un optimiste ; voit l’ordre et le bien immanent au monde, à peine altéré parfois, interrompu jamais ; et la providence non point qui se réserve, mais toujours agissante, et Dieu tout près. L’un est extrêmement compliqué, et captieux, et à mille détours. L’autre, encore que subtil dans le détail, a le système le plus simple, le plus court et le plus direct. L’un est paradoxal à outrance, et croit trop simple pour être vraie une idée qui n’étonne point. L’autre voudrait ne rien dire qui ne fût absolument traditionnel et de toute éternité, et, s’il n’est point compris, n’en accuse que ces esprits modernes pour lesquels la vérité éternelle, et qu’il ne croit que répéter, s’est obscurcie. L’un est mystificateur et taquin, et risque le scandale au service de la